Santé sexuelle au féminin

La sexualité féminine en consultation : les résultats d’une enquête

Dans l’absolu, les questions concernant la sexualité féminine devraient faire l’objet du même traitement que n’importe quel autre thème médical au cours d’une consultation. Cependant, en pratique, on sait bien que de nombreuses patientes hésitent à dévoiler des aspects de leur vie intime pour diverses raisons (éducation, religion, etc.), au risque de passer parfois sous silence des éléments qui auraient été bien utiles au médecin, aussi bien d’un point de vue diagnostique que thérapeutique. Mais, l’autre acteur de la relation patient-médecin, à savoir le médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste, aborde-t-il facilement la question de la sexualité avec les femmes qui le consultent ? Est-il suffisamment armé pour interroger, si besoin, les patientes sur ce sujet ? Certes, on imagine aisément que certains spécialistes, comme les urologues ou les gynécologues et, a fortiori, les sexologues sont amenés plus que d’autres à s’enquérir d’informations ayant trait à la sexualité, et donc qu’ils y sont plus habitués, mais est-ce bien la réalité et pour les autres, comment cela se passe ?

Des généralistes et des spécialistes interrogés

C’est pour essayer d’y voir plus clair que le Journal International de Médecine a mené une enquête, auprès de 12 000 médecins, par mail. Plus précisément, ce sont les médecins généralistes (n=6 500), les gynécologues (n=2 000), les cardiologues (n=1 000), les endocrinologues (n=1 000), les psychiatres (n=1 000) et les urologues (n=500) qui ont été ciblés, sachant que les réponses d’autres spécialistes lecteurs du JIM pouvaient aussi s’ajouter à celles de leurs confrères, notamment s’ils s’intéressaient particulièrement au sujet.

Les consultantes abordent rarement de façon spontanée les questions sexuelles

Premier constat, le thème abordé n’est pas resté indifférent aux médecins interrogés, puisque 271 sur 12 000 ont répondu au questionnaire, ce qui correspond à un taux de réponse assez élevé par comparaison avec celui d’autres enquêtes de ce type menées par le JIM. Parmi eux, il s’agissait en majorité de médecins généralistes (43,5 %), talonnés par les gynécologues (27,5 %). Les endocrinologues et les cardiologues arrivent à égalité un peu plus loin derrière (4,70 %), alors que les psychiatres et les urologues ont été les spécialistes ciblés qui se sont le moins exprimés (respectivement 2,6 % et 0,5 %).
Dans le détail, à la première question « Vos patientes parlent-elles spontanément de leur sexualité en consultation ? » (Figure 1), les réponses extrêmes ont été les plus rares puisque seulement 10,7 % des praticiens interrogés ont répondu « Fréquemment » et 5,2 % « Jamais ». En revanche, le gros du peloton a indiqué « Parfois » (46,5 %) et un peu moins souvent « Rarement » (37,6 %), ce qui souligne que, globalement, peu de patientes évoquent spontanément le sujet de leur sexualité en consultation.

Figure 1 – Les femmes parlent peu de leur sexualité de façon spontanée en consultation


En miroir, les médecins semblent avoir à peu près la même attitude. En effet, ils ont été les plus nombreux à répondre « Parfois » (38,4 %) et « Rarement » (30,3 %) à la question « Vous arrive-t-il d’aborder le domaine de la sexualité avec vos patientes, en l’absence de plainte sexuelle concrète ? » (Figure 2). Moins du quart des médecins ayant répondu à l’enquête en parlent fréquemment en l’absence de plainte concrète.

Figure 2 – En l’absence de plainte sexuelle, peu de médecins abordent le domaine de la sexualité avec leurs patientes


Près du tiers des médecins estiment délicat de parler de sexualité et près de la moitié souhaitent une formation

A quelles occasions les praticiens abordent-ils le plus souvent le sujet de la sexualité avec leurs patientes (en dehors d’un contexte de dysfonction sexuelle) (Figure 3)? Dans plus de la moitié des cas (56,8 %), c’est un contexte familial particulier qui oriente vers ce thème. Deuxième grande cause, les infections (36,2 %), suivies des affections psychiatriques (28,4 %) puis néoplasiques (22,1 %) et cardiovasculaires (16,6 %). Les pathologies neurologiques (15,1 %) et rhumatologiques (7,7 %) arrivent, quant à elles, bonnes dernières.

Figure 3 – Le premier motif pour lequel les médecins se préoccupent de sexualité féminine est le contexte familial


Autrement dit, il semble que ce soient les situations familiales qui représentent les plus grandes pourvoyeuses d’interrogations liées à la sexualité. En dehors du contexte médico-social, ce sont bien sûr les infections qui peuvent conduire à évoquer ce thème, compte tenu notamment du risque de transmission. Dans les autres cas, il semble surtout s’agir des difficultés sexuelles liées à la pathologie sous-jacente.

Sans surprise, le sujet de la sexualité est surtout abordé avec les patientes de 20 à 60 ans (50,2 % entre 20 et 45 ans et 40 % entre 45 et 60 ans).

Enfin, deux items ont concerné la facilité avec laquelle les médecins abordent la sexualité féminine en consultation. Et on peut dire, à cet égard, que les réponses apparaissent quelque peu contradictoires. Certes, il existe plus d’un quart des médecins répondeurs qui estiment ces questions difficiles, voire très difficiles. Mais, pour respectivement 53,9 % et 18 % des praticiens, soit près de 72 % d’entre eux, il leur est « facile » ou « très facile » d’évoquer des questions de sexualité avec leurs patientes (« Est-ce qu’il est difficile pour vous d’aborder les problèmes de sexualité avec vos patientes en consultation ? »). Il n’empêche que lorsqu’on leur demande « Pensez-vous avoir besoin d’informations ou de formation complémentaire dans ce domaine ? » (Figure 4), c’est le « oui » qui l’emporte (56,3 % des praticiens) s’il on écarte les 20 % qui adoptent une attitude étrangement indécise, en déclarant « ne pas savoir s’ils ont besoin de formation et d’informations ».

Figure 4 – Un besoin de formation manifeste

Au total, ces données montrent qu’il y a encore du « chemin à faire » dans ce domaine et qu’il existe un besoin de formation pour de nombreux praticiens. Formation qui leur permettrait de parler de sexualité avec leurs patientes en consultation de façon beaucoup plus confortable et ainsi de faire de la prévention – et du bien-être féminin – une priorité.

Dr Patricia Thelliez

Références

-Gott M et coll. Barriers to seeking treatment for sexual problems in primary care : a qualitative study with older people. Fam Pract 2003 : 20 : 690-695.

-Ryan S et Wylie E. An exploratory survey of the practice of rheumatology nurses addressing the sexuality of patients with rheumatoid arthritis. Musculoskeletal Care 2005; 3 : 44-53.

-Shindel AW et coll. Medical student sexuality : how sexual experience and sexuality training impact U.S. and Canadian medical students’s comfort in dealing with patients’sexuality in clinical practice ». Acad Med 2010 ; 85 :1321-1330.

-Cherpak GL et Santos FC. Assessment of physicians’addressing sexuality in elderly patients with chronic pain. Einstein (Sao Paolo) 2016 ; 14 : 178-184.

-Van Hees PJ et coll. Discussing sexuality with patients with Parkinson’s disease : a survey among Dutch neurologists. J Neural Transm (Vienna) 2017 ; 124 : 361-368.

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