QUESTIONS RÉPONSES
Santé sexuelle au féminin

1. Je l’aime mais je n’ai pas envie de faire l’amour…

C’est ce que disent la plupart des gens (hommes ou femmes) qui consultent des sexologues. En effet, s'ils viennent en consultation, seuls ou en couple, c’est qu'un lien fort (attachement, respect, amour) existe entre eux mais, qu’en même temps, ils n'ont pas de désir ou ne font plus l'amour. Cela confirme, s’il en était besoin, que le sexe et l'amour n'ont pas de lien direct. Certains amants font magnifiquement l'amour mais ne s’aiment pas, tandis que d'autres, profondément amoureux, n'atteignent pas l'épanouissement physique.
L'absence – ou l'insuffisance – de désir féminin n'est pas rare. Il reflète une caractéristique de la sexualité des femmes (très conditionnelle) à l'opposé de la sexualité masculine (très peu conditionnelle). Les conditions de l'amour, pour une femme, sont en lien avec la nature de la relation au partenaire, l'intensité de l'état amoureux, les événements récents de la vie personnelle… Et il est normal qu'une femme ne soit pas, aussi facilement qu'un homme, disponible à l’amour. L'absence de désir peut également être en lien avec ce que l'on a pu appeler         « l'usure du couple », c'est-à-dire l'atténuation de l'excitation au fil des ans. C'est une réalité que la « familiarité » qui s'installe avec le temps entre deux conjoints s'oppose à l'état d'excitation que l'on connaît lors d'une rencontre nouvelle et du choc amoureux. Deux solutions à cette affirmation (« Je l'aime mais je n'ai pas envie de faire l'amour ») : si cette situation est bien vécue et que le conjoint l'accepte, il n'y a pas lieu d'intervenir ; si elle est mal vécue par l'un ou les deux partenaires, un travail sexo-psychothérapique peut réellement aider le couple à trouver un meilleur équilibre.

2. Il ne comprend pas mon manque de désir, j’ai l’impression qu’il me le demande toujours, je ne supporte plus cette pression, il dit que je ne suis pas normale parce que je n’ai pas autant envie que lui…

Envie, désir, besoin… sont des mots qui ont certainement un sens différent pour les femmes et pour les hommes. L'une des caractéristiques du mâle de l'espèce humaine, qui ne se retrouve pas chez les autres mammifères, c'est sa capacité permanente d'accouplement : tous les mâles de l'espèce humaine feraient l'amour tous les jours de toute leur vie. Ils se règlent ensuite en fonction du rythme de vie et du respect de la partenaire. Certains cependant ne veulent voir aucun obstacle à leurs pulsions et prétextent un « besoin sexuel », quand d'autres trouvent un équilibre avec les « désirs » de leur partenaire. S'opposent ainsi  « désir » et « besoin » car en matière de sexualité, il ne doit y avoir que des désirs.
En effet, il est possible d’aller jusqu’à affirmer qu'« il n'existe aucun besoin sexuel » : un homme qui ne fait pas l'amour pendant une semaine, un mois, une année ou toute sa vie, n'a aucun trouble, aucune maladie, aucune perturbation hormonale. Il y a par contre, pour certains, un fort sentiment de « frustration » et c'est ce sentiment de frustration qui motive la pression qu’ils exercent. Les femmes, quant à elles, n'ont pas ce désir permanent d'accouplement, le désir fluctue, il est moins fréquent, et leur appartient. C'est aux hommes, et à leurs partenaires, de comprendre et d'accepter la différence des désirs (et non des besoins) entre hommes et femmes.

3. Il me force à faire l’amour même quand je n’ai pas envie. J’accepte même si je n’ai pas envie, parce que sinon il n’est pas bien…

Suite directe de la question précédente, il y a nécessité (dans un couple de sexes différents) à bien comprendre les désirs et le fonctionnement de l'autre, c'est-à-dire nécessité de respecter le total consentement du/de la partenaire. C'est tout le dilemme de la sexualité entre hommes et femmes, deux sexualités si différentes qu'elles n'ont pas été faites pour vivre ensemble, mais que nous faisons cohabiter. Ce sont également les malentendus issus du lien du sexe et de l'amour, l'acceptation fréquente « par amour » d'une intimité non désirée ou de contraintes qui, de toutes façons, sont inacceptables.
« J'accepte, même si je n'ai pas envie, parce que sinon il n'est pas bien… » est une phrase qui traduit la pression masculine vécue par une femme sous prétexte du    « mal-être » de son partenaire alors qu'en définitive il s'agit, pour cet homme, d'une incapacité à accepter la frustration. Il est important d'apprendre aux femmes à dire « non » lorsqu'elles ne désirent pas faire l'amour, mais également aux hommes à comprendre et à accepter l'apaisement de leurs tensions sexuelles sans frustration. La masturbation existe aussi pour l'équilibre personnel…

4. Avec le travail, les enfants, la maison, je n’ai pas de temps pour moi et je suis trop fatiguée pour avoir envie…

Pour simplifier l’aspect de la prise en charge, il faut garder à l’esprit que la sexualité de la femme est liée à son environnement. Souvent, la problématique est celle de l’agenda. Les journées de la femme sont toujours bien remplies, autant sur le plan professionnel que sur le plan familial. En cas de trouble du désir, une des premières choses à définir est l’emploi du temps au quotidien de votre patiente. Souvent, vous remarquerez qu’elle enchaîne tâche sur tâche avec souvent une anxiété globale et/ou d’anticipation, rendant évident l’épuisement psychique à terme. Ajoutez à cela des problématiques de toute sorte à régler et le manque de désir vous semblera alors bien évident. Tous les ingrédients sont là pour que les troubles s’installent et perdurent. Les solutions à proposer seront de l’ordre de l’optimisation de la gestion du quotidien avec si possible un partage des tâches avec le ou la partenaire, une bonne communication dans le couple, l’importance de s’accorder un temps à soi et à son couple, etc. Enfin, il faut insister, une fois de plus, sur les différences entre la sexualité des hommes et des femmes. On peut pour cela conseiller quelques ouvrages tels que « les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus » (John Gray).

5. Il me propose des pratiques sexuelles dont je n’ai pas envie...

Les pratiques sexuelles inhabituelles, avec ou sans accessoires, sont souvent nécessaires à certains individus, hommes ou femmes, pour trouver l'excitation ou parvenir à la jouissance. En cela, ils sont liés maladivement à des comportements obligés qui les astreignent. Dans la mesure où cela n'implique pas un partenaire (certains fétichistes, certains auto-masochistes, certaines pratiques masturbatoires…) cela ne pose aucun problème. Mais lorsque ces pratiques obligées nécessitent le concours du/de la partenaire, le consentement doit être très clairement établi. Ce sont très majoritairement des hommes qui proposent/imposent des pratiques (échangisme, libertinage, accessoires, sado-masochisme) et ce sont donc des femmes qui se trouvent confrontées à des pratiques qu'elles ne désirent pas forcément (port de vêtements érotiques, sadomasochistes, utilisation d'objets, d'accessoires…). Encore une fois, il faut savoir dire « non », ce qui n'est pas facile dans la relation avec l'être aimé, avec le mari, le conjoint, le père des enfants.

6. Il passe la moitié de ses nuits devant des films pornographiques, que faire ?

Une majorité d’hommes a consulté, consulte et/ou consultera des sites pornographiques. La pornographie a été inventée pour stimuler l’excitation masculine. Il s’agit d’une stratégie commerciale dont les enjeux sont colossaux, plus de 200 milliards de dollars, représentant 25 à 30 % du flux internet mondial!
La stimulation visuelle est un élément important de l’excitation masculine, la pornographie s’en accapare.
La problématique n’est pas de regarder de la pornographie du moment qu’elle ne rentre pas dans une problématique addictive et/ou déviante. Elle est de savoir pourquoi le partenaire de votre patiente en ressent autant le besoin.
Une fois cette vérité mise à nue, il est important de favoriser la communication intime dans le couple, de savoir ce qui dysfonctionne, ce qui crée une demande de la sorte. Sexuellement, le couple est il épanoui ? Problème de la fréquence de l’acte sexuel ? Routine ? Insatisfaction sexuelle à préciser ? Problématique plus personnelle ? Habitudes d’autoérotisme ?...
Il faudra obtenir le ressenti de chaque partenaire et comprendre la motivation au changement face à cette problématique. Ne pas hésiter à adresser le couple à un spécialiste si vous ne vous sentez pas à l’aise face à cette situation.

7. Mon compagnon a des pannes, je pense qu’il ne me désire plus…

Les pannes sexuelles sont fréquentes. Elles touchent (de façon mineure, occasionnelle, plus importante ou très importante) un homme sur trois à un homme sur deux après 50 ans. Elles se produisent également chez des hommes plus jeunes, la plupart du temps dans un contexte émotif, anxieux voire dépressif. Ces pannes ne sont pas en lien avec l'amour. Le lien est cependant fait par de nombreuses femmes qui ont eu l’habitude, depuis le début de la relation (souvent 10, 20 à 30 ans plus tôt) de prendre l'érection des partenaires pour une preuve de désir et donc d'amour.
Les pannes du milieu de la vie sont alors, pour les hommes qui en sont porteurs, une épreuve très difficile dans la mesure où ils sentent le désir leur échapper et en même temps leur partenaire penser qu'ils ne l'aiment plus. La situation est difficile à résoudre et l'aide, pour ce couple, d'un professionnel de la sexologie est dans ce cas nécessaire. En effet, la consultation de couple permettra d'expliquer la nature du trouble et de lever l'incertitude du désir amoureux.

8. Est-ce lui qui est trop rapide, ou moi qui suis trop lente ?

La question se pose évidemment dans ces termes aujourd'hui où des normes semblent s'imposer pour une sexualité de la performance. Les difficultés des hommes et des femmes sont nombreuses, mais un bouc émissaire a souvent été trouvé : l'acte masculin jugé trop rapide pour permettre la jouissance féminine. Dans un couple, il y a toujours deux vérités et la solution viendra des deux côtés : permettre de comprendre le temps d'excitation nécessaire à chacun pour que l'acte soit harmonieusement partagé.
Il est important de rappeler que la sexualité se déroule toujours en deux temps : excitation/stimulation, l'excitation précédant toujours la stimulation. Or, le modèle porno nous présente une image fausse de la sexualité qui inverse cet ordre naturel : les deux partenaires semblent déjà excités, la pénétration est presque immédiate et la stimulation (va-et-vient du coït) est l'activité principale de ce théâtre intime. Il manque à ce modèle une phase essentielle : les préliminaires qui permettent (avant toute pénétration) que les deux partenaires arrivent à un même niveau d'excitation. À ce moment-là il suffit de peu de stimulation pour une jouissance mutuelle.
Dans le cas ou l'acte (le coït) est très bref, il est évident que cette stimulation est alors insuffisante ou pour permettre à la partenaire d'accéder au paroxysme orgasmique. Des stratégies, à la fois médicamenteuses et comportementales, peuvent facilement permettre de résoudre le symptôme (éjaculation rapide) en essayant d'associer toujours la partenaire pour en faire une alliée dans ce nouvel équilibre qui permettra autant à la femme d'être plus excitée lors de la pénétration et à son partenaire de mieux contrôler l'émotion sexuelle.

9. Mon mari a une maîtresse, que faire ?

Il y a toujours une signification à l’existence d’une relation extra-conjugale. Il faut savoir pourquoi la relation de couple dysfonctionnait au point d’avoir besoin « d’aller voir ailleurs ». Une fois le choc émotionnel absorbé au sein du couple, il faudra conseiller au couple de prendre le temps de communiquer, d’exprimer les plaintes, les perturbations émotionnelles. La décision de séparation doit être éventuellement prise à distance de l’annonce et en aucune façon le praticien ne devra émettre son avis sur ce point, qui n’appartient qu’au couple.
Pendant cette période difficile, le médecin devra se montrer disponible pour permettre au couple, et/ou aux patients pris individuellement, de pouvoir exprimer leurs ressentis, évaluer leur motivation aux changements, d’envisager des solutions concrètes pour, soit repartir sur de nouvelles bases au sein de leur couple, soit mettre en place une séparation des plus sereines possibles.
La prise en charge pourra très bien se faire par le médecin généraliste référent s’il n’existe pas de problématiques majeures telles que des troubles de la personnalité, etc.

10. J’ai un amant avec qui j’ai une sexualité épanouie alors qu’avec mon mari ce n’est pas le cas, pourtant je l’aime…

Au début d’une relation amoureuse, les émotions sont telles, parfois, qu’elles permettent de construire une existence à deux, voire familiale et d’avoir une sexualité épanouie. Au fils du temps, lorsque différents éléments perturbateurs vont s’immiscer dans la relation, le désir et l’excitation sexuelle peuvent se modifier au point de passer de l’étape du choc amoureux vers celle de l’attachement. Le lien ressenti entre les deux partenaires est tel qu’il n’y a aucune envie de séparation, la fonctionnalité du couple est atteinte et sécurise l’ensemble des deux membres du couple mais l’attirance psychique, physique s’estompe au profit d’une « habitude » de l’autre. Le rôle du bon père de famille ne suffit plus à l’autre. A ce moment-là, une attirance pour d’autres partenaires peut émerger. L’amant ou la maîtresse, et/ou d’autres jeux érotiques comme le libertinage, peuvent entrer en scène. Cette période, un peu tourmentée émotionnellement, peut dévoiler, parfois, une certaine vulnérabilité psychique qu’il faudra accompagner en tant que praticien ou ne pas hésiter à adresser la patiente à un spécialiste.

11. J’aime deux hommes...

Tous les scénarios sont possibles en matière de sexualité et de rencontres amoureuses. Il n’y a aucune pathologie à cela et la normalité est encore une fois bien difficile à définir lorsqu’il s’agit d’état émotionnel. Une de vos patientes peut aimer différentes personnes à la fois, surtout si la personnalité de chacune est complémentaire et lui apporte ce dont elle a besoin. Une seule personne peut difficilement combler tous les besoins affectifs tout en partageant avec la partenaire, les mêmes projets, activités, etc.
Par exemple, un ou une partenaire apportera la stabilité, la sécurité et l’autre le pétillant, le dynamisme, la démonstration affective.
Parfois, cette patiente aura besoin de consulter car la gestion de « ces deux agendas » est anxiogène et une éventuelle culpabilité pourrait prendre une ampleur difficile à supporter.

12. Il n’y a pas de Viagra pour les femmes ?

Sur le plan anatomique, le clitoris a une structure similaire à celle du pénis. Tout porte à croire alors qu’une tumescence du clitoris sous l’effet d’une substance chimique soit possible. Quelques essais ont été réalisés chez la femme permettant de conforter cette hypothèse, mais l’expérimentation en est restée là. Les études pharmacologiques concernant la sphère sexuelle chez la femme sont difficiles car beaucoup de facteurs perturbateurs rentrent en jeu et représentent de nombreux biais empêchant toute conclusion scientifique.
Une autre théorie, plus officieuse, plus controversée existe : celle que notre société machiste serait terrifiée par le fait de rendre la femme plus sexuelle ? Chaque médicament cherchant à améliorer la sexualité féminine connaît une grande difficulté à obtenir une autorisation de mise sur le marché alors que dans d’autres pays européens, il ne semble pas exister autant de freins. Il est à espérer que les initiatives de cette sorte puissent évoluer favorablement dans un futur proche.

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