QUESTIONS RÉPONSES
Santé sexuelle au féminin

1. Je ne sais pas comment fonctionne mon clitoris …

Le clitoris est un organe sexuel clé de la femme. Il est utile, parfois, de montrer à sa patiente une planche anatomique détaillant l’anatomie du clitoris. Connaître son corps est essentiel, l’apprentissage est un passage important pour accéder à plus de plaisir et de maîtrise de l’acte sexuel. Cet apprentissage peut se faire seul(e) ou en couple, en respectant ses convictions morales, religieuses ou autres… Avant tout, il faut savoir « lâcher prise », être à l’écoute de son corps, de ses sens et essayer de faire en sorte que ses pensées ne soient focalisées que sur l’instant présent, sans vouloir répondre à des objectifs et/ou des « soi-disant » normes.La(le)(les) partenaire(s) de votre patiente peuvent beaucoup l’aider en étant dans l’écoute et le partage.Il est donc logique de ne pas savoir comment fonctionne le clitoris lorsque l’on n’a pas franchi ces étapes. Ce n’est pas un dysfonctionnement.

2. Je n'ai jamais d’orgasme, mais je sens que j’en suis très près

L’orgasme ne doit pas être un objectif, il est préférable de faire l’amour en utilisant son cerveau « archaïque » centré sur les émotions et la sensorialité. Etre dans l’instant présent, la spontanéité, le partage et l’imprévu. L’idéal étant de « surfer sur la vague » sans trop savoir où l’on va. Le fait de se sentir « très près » de l’orgasme prouve que le corps est opérationnel et qu’il s’agit souvent, dans ce cas, d’un manque de « lâcher prise ». Le mieux, dans ce cas, est de se dire que tout est dans le partage, l’échange et le plaisir ressenti ; « la cerise sur le gâteau » viendra lorsque l’on s’y attendra le moins et surtout quand la charge émotionnelle ressentie sera supérieure… l’amour étant un booster orgasmique important.

3. Je n’ai pas d’orgasme vaginal…

Si l'on parle très directement, on pourrait dire que c'est la faute de Freud ! En effet, le fondateur de la psychanalyse avait une conception un peu ancienne de la sexualité à une époque où l'on n'était pas aussi libre qu'aujourd'hui. Il imaginait que la sexualité des adolescents pouvait être masturbatoire et que, devenus adultes, ils abandonnaient l'autoérotisme (les pratiques sexuelles avec eux-mêmes) pour le coït adulte dit « normal », c'est-à-dire la pénétration du pénis dans le vagin. L'évolution normale des femmes était ainsi de devenir « vaginales » (jouissant lors du coït par le pénis de l'homme). Par contre, si elles poursuivaient une activité autoérotique, elles étaient qualifiées de « clitoridiennes » et donc      « infantiles ».Cette vision très archaïque de la sexualité est malheureusement une idée fausse qui a fait beaucoup de mal à des générations de femmes. En effet, le fait de croire qu'il existe deux catégories féminines laisse à penser aux filles jeunes jouissant de leur clitoris qu'elles sont donc « clitoridiennes » et ne peuvent jouir lors du coït. Il est vrai que l'habitude de stimuler le clitoris rend plus difficile la jouissance profonde vaginale. Les études modernes ont montré que le foyer de jouissance est toujours le clitoris, soit par stimulation du clitoris lui-même, soit par une stimulation plus profonde (vaginale), soit par une stimulation plus éloignée (par pénétration anale). Si aujourd'hui une femme souffre d'absence d'orgasme vaginal, un travail sexologique peut lui permettre de mieux connaître ses réactions sexuelles pour approcher de cette jouissance.

4. Je n’ai pas d’orgasme à chaque rapport…

C'est tout à fait normal, pour une femme, de ne pas avoir d'orgasme systématique. La jouissance féminine est une très large palette de plaisirs et de sensations (beaucoup plus variée que celle des hommes qui sont centrés sur un orgasme généralement contemporain de l'éjaculation). Depuis quelques décennies, la force du modèle masculin impose une discrète tyrannie. Il faudrait qu'une femme orgasme à chaque rapport sur le modèle masculin. Or les sexualités, masculine et féminine, sont profondément différentes et les phases d'excitation et de jouissance ne se répondent pas exactement. L'acte sexuel (intimité profonde entre deux êtres consentants) doit être un lieu d'échanges des désirs et des plaisirs, lieu d'expression des ressentis mutuels. Il est surtout important pour une femme de pouvoir exprimer ses désirs et son ressenti, ses envies et ses limites. Elle doit pouvoir dire de quelle façon elle s'épanouit dans les multiples jouissances qui sont les siennes au rythme de la variabilité de ses désirs et de ses orgasmes, sans contrainte du partenaire.

5. Je ne mouille pas…

La lubrification est un témoin de l'excitation. Lors d'un moment intime, elle est plus ou moins abondante, voire absente, selon les femmes, le moment du cycle, la relation au partenaire, l'état de stress, le niveau de l'humeur. L'absence de lubrification peut-être en rapport avec des causes gynécologiques, infectieuses (mycoses) ou hormonales. Parfois en lien avec une nouvelle pilule ou certains médicaments.Mais l'absence chronique de lubrification est plutôt en lien avec des facteurs psychologiques comme le stress ou l'anticipation de la douleur (de la pénétration) ou du jugement (« il va avoir une mauvaise opinion de moi »). De manière générale, on parle souvent de difficulté à « lâcher prise » pour traduire la difficulté de l'abandon nécessaire à la sexualité. Les deux conditions indispensables pour une intimité satisfaisante sont : un maximum de détente et un maximum d'excitation, deux conditions souvent difficiles à réunir dans une vie urbaine.

6. Je mouille trop et cela ma gêne, j’ai honte…

En général, le fait de « bien mouiller » est un signe de bonne santé. Notre capacité a bien lubrifier dépend de notre physiologie, d’une capacité à « lâcher prise », de facteurs émotionnels, etc. Pour certaines femmes, effectivement, cela peut représenter une quantité importante de sécrétion (« éjaculation urinaire »). Certains (es) partenaires trouveront cela excitant, voire très valorisant quant à leur capacité de procurer du plaisir, d’autres trouveront que l’abondance de secrétions atténuera leur sensation corporelle, d’autres ne seront pas gênés, etc. La problématique est basée sur le jugement de valeur que l’on va y attribuer. Le fait d’en avoir honte est problématique et nécessite une bonne communication avec son partenaire. Il est important de faire changer sa représentation de la problématique en  accordant une valeur positive à la signification de cette lubrification, gage d’échanges corporels de bonne qualité, de préliminaires aboutis. Si tout cela ne convainc pas votre patiente, alors on peut proposer des sortes d’éponges intra-vaginales à introduire juste avant le rapport.

7. Je me sens frigide…

LLa frigidité est un terme galvaudé. Il ne signifie pas grand chose. S’agit il d’une problématique liée au plaisir, au désir, au déroulement du coït, à l’expression émotionnelle lors de l’acte sexuel, etc.?Il ne faut pas que votre patiente se sente « étiquetée » de la sorte. Sortir de cette qualification, en redéfinissant la problématique. Souvent, il en ressort une problématique de l’excitation voire du désir. Il est important de faire le point sur la relation de couple, le déroulement de l’acte sexuel. Parfois, il s’agit simplement d’attentes sexuelles non exprimées, non partagées, non accordées… Bien sûr, des problématiques plus individuelles peuvent émerger ainsi, en relation avec l’éducation, l’histoire personnelle et familiale, les pratiques religieuses, les abus sexuels, etc. La prise en charge peut sembler parfois difficile à porter et il ne faudra pas hésiter à passer la main à un spécialiste.

8. Je suis bloquée…

Le « blocage sexuel » n'est pas rare. Il a un sens. Il veut d'abord dire que le rapport sexuel n’est, à ce moment-là, pas possible. La signification de ce                 « possible » pourra être très différente suivant les femmes, suivant leurs préoccupations personnelles, l'histoire du couple… Ce blocage pourra alors vouloir dire « Je n'ai pas envie, mais je ne sais pas le dire » ou « Je n'ose pas le dire » ou encore « J'ai peur de le dire »… Il pourra également être en lien avec l'histoire personnelle, parfois des événements de vie anciens, oubliés et qui resurgissent… Il pourra être le témoin d'une difficulté dans l'enfance, parfois agressive (viol, inceste, abus sexuel…). Si ce blocage persiste, qu'il menace l'équilibre personnel et celui du couple, il est important de proposer l’aide d’un praticien (psychologue, médecin, thérapeute) formé à la sexologie car il y a des solutions à toutes les situations intimement difficiles.

9. Je n’arrive pas à faire l’amour, ça ne rentre pas…

Il s’agit probablement d’un vaginisme, contracture involontaire des muscles qui entourent le vagin et qui rend toute tentative de pénétration douloureuse et impossible. Affirmer ce diagnostic n’est cependant possible qu’après un minimum d’examen clinique pour éliminer une rare mais possible malformation vulvo-vaginale.Le vaginisme doit être compris comme un symptôme psychosomatique, manifestation clinique concrète qui est la conséquence d’un contexte psychologique. Il est le plus souvent primaire. Il n’existe pas de thérapeutique miraculeuse pour le soigner, qu’il s’agisse de la chirurgie, de techniques de dilatation ou de toute autre approche ésotérique. Au contraire, c’est à une vraie sexothérapie qu’il faudra recourir. Celle-ci visera d’abord à apprécier les facteurs psychologiques, toujours multiples, qui ont permis au symptôme d’apparaître. Parmi ceux-ci, la méconnaissance du corps sexué et la représentation déformée du vagin sont des éléments quasi constants. Au décours de cette anamnèse, il est souvent possible de mettre en place une thérapie cognitivo-comportementale, dont les résultats sont bons. Le partenaire, lorsqu’il existe, doit être associé à cette thérapie.

10. J’ai mal à la pénétration, à l’entrée du vagin…

Il s’agit d’une dyspareunie dite superficielle (DS) ou orificielle. Elle peut être d‘origine psychosomatique. Elle est alors à prendre en considération sur le plan sexologique, et de très nombreux paramètres, souvent associés, vont alors être retrouvés : problèmes éducatifs, traumatismes, angoisses, insatisfaction sexuelle qui induit la disparition de la lubrification vaginale, manque de laisser-aller, défaut de stimulation érotique, conflits conjugaux, ambivalence affective vis à vis du conjoint, refus de la sexualité, voire de la féminité, peur du sexe masculin…Toutefois, une DS ne peut jamais être considérée comme psychosomatique sans qu’un examen clinique soigneux n’ait éliminé l’autre grande hypothèse étiologique, la dyspareunie organique : malformations, infections, allergies, affections dermatologiques comme le lichen, séquelles de chirurgie, atrophie par carence estrogénique…Cette distinction entre causes organiques et psychosomatiques doit cependant être modulée : une DS organique entraîne constamment des répercussions personnelles et conjugales qui peuvent à leur tour devenir la cause… et par ailleurs, une patiente présentant des traits de personnalité qui orientent rapidement vers une étiologie psychosomatique a aussi le droit d’avoir une pathologie organique !

11. J’ai mal à la pénétration, tout au fond du vagin…

Les dyspareunies profondes (DP), surtout si elles sont d’apparition secondaire, doivent faire évoquer en priorité une cause organique : endométriose, infections, pathologies utérines ou ovariennes, syndrome de Masters et Allen...Cependant, il arrive que l’incapacité au « laisser aller » entraîne des contractures de muscles profonds et explique une DP.

12. J’ai été victime d’abus sexuel, pourrais-je quand même avoir une vie sexuelle normale ?

Il n’est pas systématique d’avoir des troubles sexuels lorsqu’on a été victime d’abus sexuel, loin s’en faut. En effet, tout dépend de nos capacités de résilience qui restent bien singulières. L’impact médiatique des violences sexuelles a rendu cette question très fréquente de la part de nos patientes. Certaines n’auraient même pas pensé les évoquer, pour d’autres, c’est une toute autre histoire. Il est évident que si l’impact est manifeste, il faut conseiller à ces patientes une prise en charge spécialisée dès qu’elles se sentiront prêtes. Une thérapie de couple complémentaire est parfois nécessaire.

13. Comment sait-on qu’on est homosexuelle ?

L’homosexualité se révèle lorsque l’on ressent une attirance sexuelle pour une personne du même sexe. Cette attirance peut être parfois difficilement reconnaissable au début, puis des bouleversements cognitifs, comportementaux et surtout émotionnels vont clarifier la situation. Cette « révélation » peut apparaître à des âges très différents selon les individus. Selon les cas, elle sera passagère, intermittente ou permanente, et peut aussi s’associer à des attirances hétérosexuelles. La sexualité n’est pas une activité rigide, elle est modulable en fonction de l’époque, des opportunités, de nos croyances, de notre morale, de notre santé et de bien d’autres facteurs.

14. Je suis homosexuelle, je le vis mal…

Le poids de la morale, de la religion, de la société, de notre histoire personnelle ne nous facilite, parfois, pas la tâche vers l’accès au bonheur. Il est clair que pour l’instant, l’homosexualité est encore difficilement acceptée dans notre société. La tolérance s’améliore mais lentement, et des faits divers homophobes viennent encore nous rappeler les efforts à poursuivre dans ce domaine. Souvent, nous sommes vraiment dans un conflit intrapsychique entre ce que je suis et ce que je veux être. Il est clair que, pour ceux dont l’homosexualité est mal vécue, il faut recommander une prise en charge spécialisée, évaluer les comportements à risque éventuels, le risque dépressif voire suicidaire et conseiller de prendre contact avec des associations permettant une meilleure intégration de son homosexualité dans sa vie quotidienne.

15. Je suis bi et cela me perturbe…

Les situations « d’entre-deux » sont souvent mal vécues car justement, on ne parvient pas à bien s’identifier, à se qualifier et donc se rassurer en étant dans tel ou tel groupe communautaire.L’attirance sexuelle et émotionnelle n’est pas parfois pas liée à l’identité de genre du partenaire mais parfois, à son physique, sa personnalité, son histoire bien singulière, ses projets, ses valeurs, etc.Une autre tendance bisexuelle émerge actuellement, celle liée à la facilité, l’opportunité, l’accès au plaisir sans jugement ni contrainte, l’essentiel étant de profiter au maximum des opportunités qui s’offrent à nous, sans réflexion et de les vivre pleinement dans l’instant présent. Lorsque la bisexualité est réellement mal vécue, il ne faut pas hésiter à orienter sa patiente vers un spécialiste.

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