QUESTIONS RÉPONSES
Santé sexuelle au féminin

1. Je n'ai jamais de fantasmes, est-ce normal ?

En matière de sexualité, tout est normal, car il y a autant de sexualités que d'individus. Les fantasmes sont des productions imaginaires de notre esprit qui correspondent, en général, à l'expression d'un désir. Certains fantasment beaucoup, d'autre peu, d'autres pas. Les fantasmes peuvent gêner (par leur contenu, leur signification, leur abondance…), mais peuvent aussi contribuer à l'équilibre personnel, et enfin être utiles à l'excitation sexuelle. Certain(e)s ont appris à les convoquer, à les laisser venir, à les utiliser dans la progression du désir (c'est tout particulièrement utile pour le désir féminin moins automatique que celui des hommes). Les fantasmes sont ainsi un « starter » de l'excitation.L'absence de fantasmes peut être liée à une difficulté à « se laisser aller », à s'autoriser des pensées libres qui, parfois, peuvent faire peur. Mais cela n'est pas conscient. Cette absence de fantasmes est fréquente chez les femmes présentant un trouble du désir ou de l'excitation. Le travail qui sera fait avec un psycho-sexologue pourra permettre de comprendre l'intérêt et la place du fantasme dans la sexualité et souvent de lever un trouble sexuel par l'utilisation d'une image ou d'un souvenir particulièrement excitant.De nombreuses femmes sexuellement épanouies peuvent ne jamais avoir eu de fantasmes. Qu'elles ne s'en inquiètent pas, le fantasme n'est pas obligatoire !

2. Je fantasme sur un autre homme, est-ce normal ?

La nature du fantasme traduit la tonalité des préoccupations personnelles. Pour une femme, fantasmer sur un autre homme signifie, en quelque sorte, désirer cet homme. Si cette pensée fantasmatique est en accord avec les désirs personnels, cela ne présente aucune gêne ni aucune difficulté. Il n'est pas rare, dans un couple, que l'un des deux partenaires fantasme sur un tiers. Cela veut bien dire qu'il, ou elle, porte un intérêt vers ce tiers. Cela dépend alors du degré de conscience que l'on a de la relation avec ce tiers. Il n'est pas rare que l'on ait un intérêt amoureux pour un tiers sans en avoir vraiment conscience. On peut alors être surpris de cet intérêt, cette attention, ce fantasme, qui semble remettre en cause l'attachement pour le conjoint. Si le malaise est important, qu'il se poursuit, une aide psychologique peut permettre de clarifier les désirs profonds.Pour une femme, fantasmer un rapport avec un autre partenaire peut être un moyen de trouver de l'excitation là où (dans le couple) elle a disparu. Cette situation n'est pas toujours facile car elle peut générer de la honte ou de la culpabilité. Si la situation est douloureuse, il ne faut pas hésiter à se faire aider au plan psychologique.

3. Je voudrais garder un sexe de jeune femme, la chirurgie peut-elle m’aider ?

La chirurgie à proprement parler a ici peu d’intérêt, en dehors de quelques situations pathologiques rares où certaines interventions permettent de corriger des rétrécissements majeurs. En revanche, des techniques connues en dermatologie esthétique comme le laser fractionné ou les injections d’acide hyaluronique sont utilisées depuis quelques années pour traiter certains cas d’atrophie consécutive à la ménopause ou à certaines maladies locales comme le lichen scléreux. Ces approches, dites de réjuvénation, semblent très efficaces à court terme, et sans effet indésirable majeur. Elles ne sont pas prises en charge actuellement par l’assurance maladie. Leur évaluation à grande échelle et à plus long terme devrait pouvoir être rapidement réalisée.

4. Peut-on se faire opérer lorsque les lèvres ne sont pas symétriques, ou trop volumineuses ?

Oui, mais ces interventions ne sont pas toujours sans complication et doivent être confiées à des chirurgiens entraînés. Elles paraissent justifiées lorsque les anomalies anatomiques engendrent une gêne esthétique importante, ou une gêne fonctionnelle sur le plan sexuel, voire vestimentaire. En revanche, il existe actuellement une certaine dérive en ce domaine, avec des demandes qui ne semblent conditionnées que par le désir de se rapprocher d’une représentation imaginaire d’un sexe parfait. Le risque est alors grand que la patiente ne soit jamais satisfaite…

5. Caresser mes seins ne me procure aucun plaisir, est-ce normal ?

D’une part, la réaction physiologique, répondant à des critères génétiques, va varier selon les individus, puisque certains ont une sensibilité supérieure, de par un réseau de capteurs sensitivo-sensoriels plus développés au niveau des mamelons. Cependant, l’interactivité cérébrale joue un rôle prépondérant, en fonction de notre capacité d’apprentissage et surtout de « lâcher prise » dans ce domaine. D’autre part, la sensibilité du mamelon répond aussi à des critères d’imprégnation hormonale et à des degrés d’excitation sexuelle. Ainsi, selon la période du cycle pour la femme, la sensibilité va varier, optimale à la période d’ovulation, défavorable en prémenstruelle. Par ailleurs, lorsque les préliminaires sont de bonne qualité, la sensation voluptueuse mamelonnaire va s’intensifier. Elle est donc un bon indicateur d’excitation sexuelle ce qui est aussi valable pour l’homme !Pour finir, si les caresses des seins ne sont pas concluantes, elles ne sont en rien significatives de pathologie mais plutôt le signe qu’il faille rechercher d’autres zones érogènes corporelles.

6. C’est bizarre, l’entrée de mon vagin a l’air tout petit et « bosselé »…

C’est parfaitement normal. Le vestibule et le vagin ne constituent pas un « tube » lisse, mais au contraire leur surface est irrégulière de manière physiologique. Quant à la taille de l’orifice, il y toujours lieu de rappeler que la filière génitale féminine subit, comme celle de l’homme, des modifications importantes lors de la phase d’excitation. Le relâchement des muscles qui entourent le vagin et qui en font, au repos, une cavité virtuelle, en fait partie.

7. La sodomie, est-ce une pratique normale ?

La sodomie n'est pas une pratique habituelle. Elle est condamnée dans toutes les grandes religions pour « acte contre nature », dans la mesure où cette sexualité ne sert en rien à la fécondation. La résistance spontanée des hommes et des femmes à envisager la pénétration anale est le témoin de cet interdit ancestral. Dans le rapport Inserm de Nathalie Bajos et Michel Bozon, en 2006, sur la Sexualité en France, 45 % des hommes et 37 % des femmes ont au moins une fois dans leur vie vécu la sodomie. Si l'on se rapporte aux pratiques sexuelles lors du dernier rapport, moins d'1 % des hommes et des femmes disent l'avoir pratiquée.Beaucoup d'hommes – sans trop savoir combien – sont aujourd'hui demandeurs de sodomie, dans la mesure où la pénétration anale fait presque partie de  « l'arsenal érotique » et où il faudrait « tout essayer ». Beaucoup de femmes vont alors accepter cet essai par défi, pour ne pas déplaire ou tout simplement par curiosité sexuelle. Dans la majorité des cas, elles réagiront ainsi (c'est ce que nous entendons très fréquemment) : « Je ne veux pas recommencer, ça m'a fait très mal ». Il est important d'affirmer que c'est normal que « ça fasse mal » car c'est un orifice qui n'est pas fait pour cela. Par contre, le rapport par pénétration anale peut être extrêmement érotique et jouissif, voire orgasmique, lorsqu'il est pratiqué par un partenaire entraîné et averti qui prendra de multiples précautions afin de dilater le sphincter anal, d'utiliser un lubrifiant et d'être très progressif dans la pénétration.