Violences exercées envers les femmes après la guerre : une étude au Sri Lanka

Violences exercées envers les femmes après la guerre : une étude au Sri Lanka

Les conflits armés sont associés à une recrudescence des violences exercées envers les femmes (VCF) par un partenaire masculin présent ou passé. Il peut s’agir de violences physiques, de traque furtive (forme de harcèlement, d’intimidation névrotique, d’attention obsessionnelle et non désirée accordée à un individu ou à un groupe de personnes) et d’agressions psychologiques (1).

La guerre civile vieille de 30 ans entre séparatistes Tamouls minoritaires (15 %) et Cinghalais majoritaires (75 %) a pris fin en 2009. Mais, en 2015, plus de 70 000 personnes étaient encore déplacées et les violences continuaient dans cette région aux indicateurs de santé moins bons que dans le reste du pays : arrestations arbitraires, disparitions, meurtres, violences exercées par les hommes envers les femmes. Alors que beaucoup d’études ont été consacrées aux violences sexuelles exercées par un non-partenaire par temps de guerre ou après la guerre, nous disposons de peu de données en matière de VCF, notamment en Asie.

Une étude vient de leur être consacrée dans la province Est du Sri Lanka, en recueillant les expériences et les réactions de 15 femmes victimes, ainsi que la perception du problème par 15 services de santé et services sociaux mis en place à l’issue de la guerre civile.

Des violences généralisées et cachées

Ces femmes âgées de 18 à 55 ans (8 Tamoules, 5 Musulmanes, 2 Cinghalaises) étaient toutes mariées à des abuseurs. Onze d’entre-elles vivaient encore avec lui, 2 s’étaient remariées et 2 étaient reparties vivre dans leur famille d’origine. La plupart avaient subi plus d’une forme de VCF : le plus souvent l’association de violences physiques, sexuelles, psychologiques et émotionnelles, dont la négligence, l’humiliation et la dépréciation. Parmi les ethnies, il semble que les Cinghalaises aient été moins fréquemment affectées, car se mariant moins jeunes et pouvant plus facilement obtenir le divorce que les Tamoules ou les Musulmanes.

Les participantes ont souligné l’ampleur du phénomène et son caractère caché. Du côté des victimes, le jeune âge, le faible niveau d’éducation et du milieu social sont des facteurs favorisant. Du côté des bourreaux, la jalousie sexuelle, les partenaires multiples, la violence dans l’enfance, l’alcoolisme, l’usage de drogues et un milieu social défavorisé sont caractéristiques.

Les hommes ont eu recours à la violence pour reprendre le contrôle des femmes, ainsi que leur pouvoir et leur rôle remis en cause en raison des changements dans leur vie, induits par la guerre et la période qui s’en est suivie : perte d’emploi, alcoolisme. Les dégâts psychologiques sont fréquents, mais souvent attribués par les victimes à un simple traumatisme de guerre.

Quelques services ont perçu une meilleure information et sensibilisation des femmes vis-à-vis des VCF et plus d’institutions pour y faire face. Il existe une discordance avec les peurs des femmes, leur sentiment d’oppression et leur perception de l’absence de droit à réparation dans une société hautement militarisée et à forte polarisation ethnique. La plupart des femmes victimes n’avaient pas l’intention de fuir ces relations abusives en raison de la peur réaliste de leur vulnérabilité à la violence au sein de la communauté, des normes sociales établies qui auraient conduit à leur rejet et du peu d’accès et d’efficacité des services et soutiens qui pourraient leur être proposés.

Il est estimé par d’autres études que 20 à 30 % des femmes de différentes régions du Sri Lanka ont rapporté des VCF durant leur vie, ce qui n’est qu’une estimation basse en raison de leur réticence à en parler. De plus, les données nationales en matière de viols ne sont pas connues.

Malgré son faible effectif, cette étude a le mérite d’exister dans un pays où le droit des femmes n’est pas au premier plan, surtout dans des régions encore directement affectées par la guerre civile. Et de conclure par des vœux pieux : mener plus de recherches sur les VCF dans les contextes de post-guerre, avoir une compréhension plus nuancée des contextes, rechercher plus de solutions globales adaptées…

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Guruge S et coll. Intimate partner violence in the post-war context : Women’s experiences and community leaders’ perceptions in the Eastern Province of Sri Lanka. PLoS ONE 2017 ; 12(3) : e0174801. doi:10.1371/journal.pone.0174801

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