Vers une recherche du papillomavirus par auto-prélèvement urinaire ?

Vers une recherche du papillomavirus par auto-prélèvement urinaire ?
Avec environ 1000 décès par an, le cancer du col de l’utérus, représente la 12ème cause de mortalité par cancer en France. Quand près du tiers des femmes ne se présentent pas à leur frottis, le test urinaire aux HPV peut-il révolutionner la couverture de dépistage ?

Le cancer du col est la conséquence d’une infection persistante à un papillomavirus (HPV) oncogène. Classiquement, la recherche des papillomavirus est réalisée, par un médecin ou une sage-femme, sur un prélèvement de cellules du col utérin (frottis) lors d’un examen gynécologique.
Des méthodes de détection de l’HPV à partir d’un autoprélèvement se sont développées. L’une de ces méthodes consiste en un recueil, par la femme elle-même, du premier jet d’urine, en début de miction. C’est sur ce recueil urinaire qu’est effectuée la recherche des papillomavirus.
Ce ne sont pas les urines elles-mêmes qui contiennent des HPV, mais les «sécrétions» venues de l’utérus, du col et du vagin qui transportent des cellules desquamées infectées par l’HPV. Elles s’accumulent sur la vulve, autour de l’urètre, et sont emportées par le flux urinaire. Le prélèvement ne doit pas obligatoirement être fait sur les urines du matin : c’est sur les urines recueillies à n’importe quel moment de la journée, mais en début de miction, à distance de la miction précédente, que l’on trouve les concentrations d’HPV les plus importantes. Il est recommandé, bien-sûr, de ne pas faire de toilette vulvaire avant le recueil urinaire.

Une piste pour augmenter l’accès au dépistage

Cette méthode, qui a l’avantage d’être non invasive, simple et mieux acceptée par les femmes réticentes à l’examen gynécologique, peut être utilisée en première ou seconde intention dans les protocoles de dépistage du cancer du col. Les méta-analyses montrent que la recherche d’HPV sur le premier jet d’urine a une précision équivalente à celle obtenue sur un prélèvement par frottis cervical. De nombreuses études ont montré de très bonnes sensibilité et spécificité des auto-prélèvements, tant vaginaux qu’urinaires, en particulier pour  la détection des HPV à haut risque, rendant ces méthodes utilisables en dépistage.
Des protocoles récents, standardisés et optimisés, ont amélioré la sensibilité de la détection urinaire de l’HPV. D’autres biomarqueurs ont été détectés dans les urines, qui permettent le triage des HPV à haut risque, le contrôle de l’évolution de l’infection à HPV, et celui de la transformation néoplasique des lésions.
Une étude récente a aussi montré que les anticorps induits par la vaccination étaient détectables sur le premier jet d’urine : ces résultats, quand ils seront confirmés, trouveront donc un grand intérêt dans le suivi des femmes vaccinées.
Bien que l’on puisse regretter que ces méthodes d’auto-prélèvement puissent « priver » les femmes de la consultation gynécologique habituellement associée au frottis, elles permettront certainement d’inclure un plus grand nombre d’entre elles dans les programmes de dépistage.

Dr Catherine Vicariot.

Pattyn J et coll. HPV DNA detection in urine samples of women: “An efficacious and accurate alternative to cervical samples?” Expert Rev Anti Infect Ther. doi: 10.1080/14787210.2019.1668776.

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