Une éducation à l’ergonomie dédiée aux femmes au foyer

Spécialités :
Rhumatologie
Mots clefs :
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Les troubles musculo-squelettiques (TMS), qui regroupent de nombreuses pathologies des tissus mous (muscles, tendons et nerfs), sont bien connus à l’heure actuelle dans le monde du travail, pour lequel elles représentent la maladie professionnelle la plus courante. Néanmoins, et on l’oublie, elles peuvent également toucher les femmes au foyer. Une étude de 2012 l’atteste d’ailleurs : ces dernières représentent l’un des groupes « en activité » les plus touchés. Sur cette nécessité d’une ergonomie dans les tâches ménagères, un article récent dans Disability and rehabilitation aborde l’éducation thérapeutique à destination des femmes au foyer atteintes de TMS au niveau des membres supérieurs. Cette recherche qualitative présente l’intérêt original d’envisager l’analyse sur le plan de la stratégie éducative ; cela, afin de mettre en évidence et d’identifier le raisonnement implicite des thérapeutes, utilisé de manière plus ou moins consciente.

Des activités investies d’un rôle complexe

Au sein d’un hôpital à Singapour, les données ont été recueillies auprès de 14 thérapeutes expérimentés sur la thématique. Les réponses ont été transcrites après interview, par comparaison avec le « modèle trans-théorique du changement » de Proschaska, utilisé classiquement pour traiter les comportements de dépendance. Les travaux ménagers ont pu être regroupés en 5 tâches domestiques principales : cuisine, ménage, nettoyage du linge, courses et garde des enfants. D’après les thérapeutes, ces activités sont investies d’un rôle complexe par chaque patiente, selon la signification qui leur est accordée (par exemple : « ma responsabilité », « ma fierté », « mon fardeau »). Et cet attachement émotionnel sui generis des femmes pour le travail domestique influence fortement leur identité de femme et de mère, ainsi que leur décision d’apporter un changement. La prise en compte de cet état de fait implicite, propre à chaque patiente, est une des clefs de l’adhésion. Et ce, même si les croyances des thérapeutes diffèrent de celles des femmes. En ce qui concerne le suivi, le changement de comportement des patientes a comporté 3 étapes : écouter (prête à écouter) / essayer (disposée à essayer les changements proposés pour sa routine de ménage)/ persévérer (prête à intégrer les changements de manière pérenne dans son quotidien). Cependant, l’expérience souligne qu’il ne suffit pas de se focaliser sur la motivation de changement ou sur les capacités à comprendre les informations données. Il faut également que les intervenants soient dans l’écoute active des patientes dès le début de la prise en charge, et non pas seulement lorsqu’elles refusent la transmission ou quand elles tardent à modifier leur comportement.

Ecouter les patientes pour mieux les soigner

En somme, la réussite d’un programme d’ETP concernant l’ergonomie des activités domestiques auprès de femmes au foyer implique, non seulement une explication claire des informations et des techniques, mais aussi une écoute efficace, bienveillante et respectueuse. Cela rappelle les programmes d’ETP ou de suivi dans lesquels un contrat est signé entre le thérapeute et le patient sur des objectifs définis par le patient, en accord avec le professionnel. Cette analyse a donc plusieurs intérêts : d’une part augmenter la prise de conscience des thérapeutes, d’autre part faciliter la formation auprès des intervenants non expérimentés.

Anne-Céline Rigaud

Cheung TWC et coll. : Ergonomic education on housework for women with upper limb repetitive strain injury (RSI) : a conceptual representation of therapists’ clinical reasoning. Disabil Rehabil 2017 (18 sept). doi: 10.1080/09638288.2017.1378928. Publication avancée en ligne.