Traitement de la dépression : les femmes, longtemps exclues des essais cliniques

Psychiatrie - Addictions

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Les femmes ont entre 1,5 et 3 fois plus de risque de dépression que les hommes. Les raisons de cette différence restent inexpliquées, mais plusieurs hypothèses ont été émises : différences chimiques au niveau du cerveau ou différences structurelles, raisons sociétales avec victimisation des personnes ayant des traits de caractère féminins, facilité plus grande pour les femmes d’exprimer des symptômes dépressifs, biais dans les méthodes de mesure de la dépression, etc.
Il est apparu que la dépression peut apparaître chez les femmes à un plus jeune âge que chez les hommes et que les symptômes ne sont pas tout à fait identiques dans les deux sexes. Les femmes expriment plus d’anxiété, de somatisation, de boulimie que les hommes. Leurs épisodes dépressifs sont plus longs, elles font plus de tentatives de suicide et ont moins de chances que les hommes de voir une résolution complète de leurs symptômes.
Historiquement, les femmes ont longtemps été exclues de la recherche pharmacologique. L’homme « caucasien » était considéré comme la population de référence pour les études cliniques, alors que la participation des femmes dans les essais cliniques était, et est encore, considérée comme un possible facteur confondant du fait de la fluctuation de leurs taux hormonaux. Tout ceci fait qu’il existe une méconnaissance de l’effet des traitements antidépresseurs sur les femmes.

Encore de nombreuses inconnues

Une des conséquences de cette situation est que le traitement pharmacologique de la dépression chez la femme comporte encore aujourd’hui des inconnues. Concernant la pharmacocinétique des antidépresseurs, les femmes ont des conditions d’absorption des substances actives plus favorables que les hommes (moins d’acidité gastrique, vidange gastrique plus lente, transit intestinal plus lent). Malgré cela, la biodisponibilité des traitements n’est pas supérieure chez elles. La différence de composition corporelle, avec une masse grasse plus importante, fait que les traitements lipophiles ont une demi-vie prolongée, mais une concentration plasmatique inférieure. Cela peut de plus être accentué chez les femmes âgées dont la fonction rénale est altérée.
Il a été montré que les modifications hormonales associées au cycle menstruel, à la grossesse et à la ménopause contribuent aux différences dans le risque de dépression. Une augmentation de la vulnérabilité aux symptômes dépressifs semble favorisée par les fluctuations hormonales de la fin de la phase lutéale et l’on peut se demander si cela influence aussi l’efficacité thérapeutique.
Enfin, il est important de considérer les interactions possibles entre les traitements antidépresseurs et les médicaments utilisés spécifiquement par les femmes, comme les contraceptifs oraux, le tamoxifène ou encore les traitements par estrogènes pris par les transgenres. Notons à cet égard que si les femmes sont maintenant communément incluses dans les essais cliniques, ce n’est pas encore le cas des transgenres, malgré l’augmentation de leur visibilité dans la société. Aucun essai clinique n’existe à ce jour traitant des interactions possibles entre les antidépresseurs et les traitements hormonaux qui leur sont prescrits.

Dr Roseline Péluchon