Tabagisme et audition : des effets nocifs en partie liés au sexe ?

Tabagisme et audition : des effets nocifs en partie liés au sexe ?
Cancers, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires … les effets néfastes du tabac restent un problème de santé publique majeur. Mais qu’en est-il de son impact sur l’audition ?

Le tabagisme chronique peut retentir sur le système auditif de manière directe et indirecte. Il affecte les cellules ciliées par la production de radicaux libres, et aussi la perfusion des organes de l’audition du fait de la présence de carboxyhémoglobine, sans omettre de possibles effets sur la trompe d’Eustache. De ce fait, il peut en résulter un déficit auditif détectable aux hautes fréquences et, selon certaines études cas-témoins, cette éventualité serait près de deux fois plus fréquente chez les fumeurs avec un risque d’otite moyenne majoré.  
Toutefois, les données audiométriques et tympanométriques dans ce contexte sont rares, ce qui fait tout l’intérêt d’une étude transversale dans laquelle ont été inclus 236 volontaires dont 90 non-fumeurs (42 de sexe féminin, 48 de sexe masculin) et 143 fumeurs (72 de sexe féminin et 74 de sexe masculin). Parmi les fumeurs, plusieurs sous-groupes ont été formés en fonction de l’exposition au tabagisme exprimée en nombre de paquets-années (NPA), respectivement 5 à 10, 11 à 20 et > 20.
Tous les participants ont bénéficié d’une étude approfondie de leur audition qui a combiné une audiométrie tonale et une tympanométrie à large bande (0,25-8,0 kHz). Cette dernière permet de mesurer facilement l’absorbance acoustique, complémentaire de la réflectance et appelée aussi absorption, dont la valeur maximale à l’état physiologique se situe entre 1 et 4 kHz. Il s’agit là des fréquences auxquelles l’oreille moyenne absorbe l’énergie des ondes sonores.

Les femmes entendent moins bien à une exposition tabagique plus faible

Dans les deux sexes, une consommation tabagique > 20 NPA a été associée à une élévation significative des seuils de perception à 4 et 6 kHz. Les taux d’absorbance de l’énergie sonore ont été parallèlement abaissés à 4, 6 et 8 kHz. Dans le sexe féminin uniquement, une consommation intermédiaire comprise entre 11 et 20 NPA a été associée à une élévation significative du seuil de perception à 6 kHz, cependant que les taux d’absorbance ont été abaissés aux fréquences de 6 et 8 kHz.
Cette étude transversale de type cas-témoins plaide ainsi en faveur d’effets nocifs du tabagisme chronique sur l’audition. Dans les deux sexes, la relation serait de type dose-effet et, au-delà du seuil de 20 NPA, la perte d’audition est détectable aux hautes fréquences. L’absorbance de l’énergie sonore est, pour sa part, réduite aux fréquences de 4, 6 et 8 kHz. Ces effets pourraient survenir chez la femme pour une exposition plus faible, dès que le NPA se situe entre 11 et 20, ce qui reste à confirmer par d’autres études portant sur des effectifs plus conséquents.

Dr Philippe Tellier

Demir E et coll. Effects of smoking on the auditory system: Is there a gender difference? Ear Nose Throat J 2019.Publication avancée en ligne 23 septembre. doi: 10.1177/0145561319872166.

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