Tabac et pilule augmentent le risque de lésions du col de l’utérus

Les vaccins contre les papillomavirus protègent des lésions du col de l’utérus liées à ces virus, mais n’écartent pas la nécessité de contrôles réguliers. En Australie, un programme vaccinal a été mis en place en 2007, avec le vaccin quadrivalent, pour toutes les jeunes filles de 12-13 ans, et prévoyant, jusqu’en 2009, un « rattrapage » jusqu’à 26 ans. En 2013, la vaccination était étendue aux garçons de 12-13 ans, avec un rattrapage pendant 2 ans pour les 14-15 ans. Plus de 10 ans après la mise en place de ce programme, des réductions des anomalies cervicales de haut grade ont été observées de 65 %, 40 % et 13 %, respectivement chez les femmes de moins de 20 ans, de 20-24 ans et de 25-29 ans. Il a aussi été constaté une réduction de 78 % de la prévalence des HPV (qui étaient inclus dans le vaccin) chez les femmes de 18 à 24 ans et de 73 % à 90 % de l’incidence des verrues génitales chez les 12-26 ans.
Si l’infection par un papillomavirus oncogène est requise pour le développement d’une néoplasie de haut de grade ou un cancer cervical, l’usage d’une contraception orale estro-progestative et le tabagisme ont été désignés comme facteurs carcinogènes chez l’humain.

Une étude chez plus de 4 500 femmes

Une équipe australienne a réalisé une enquête pour évaluer l’impact de ces facteurs sur le risque de lésions cervicales de haut grade chez des Australiennes de plus de 30 ans. Des questionnaires ont été envoyés à près de 18 000 femmes, dont 6 270 femmes âgées de 30 à 44 ans. Parmi ces dernières, 886 atteintes de néoplasie cervicale intra-épithéliale (CIN) de grade 2-3 ont été comparées à 3 636 témoins ayant un frottis normal.
Cette étude confirme le lien entre la contraception estro-progestative et le risque de CIN 2/3, avec une augmentation de 50 % du risque pour les femmes utilisant ce mode de contraception par rapport à celles ne l’ayant jamais utilisé (OR=1,50 ; IC95 % : 1,03 à 2,17). Le risque augmente avec la durée de la contraception, mais l’association semble réversible puisque les ex-utilisatrices avaient un risque équivalent à celui des femmes n’ayant jamais pris ce type de contraception (1,08 ; 0,75 à 1,57), quelle que soit la durée de l’utilisation.
En ce qui concerne le tabagisme, il était, lui aussi, associé à une augmentation du risque de CIN 2/3 (1,43 ; 14 à 1,80), risque qui augmente avec le nombre de cigarettes fumées par jour. En revanche, cet accroissement du risque semble, là aussi, réversible, et diminue à mesure que la durée depuis le sevrage augmente, le risque étant identique à celui des non-fumeuses après 5 ans d’arrêt du tabagisme.
Si ces résultats confirment l’intérêt de conseiller l’arrêt du tabagisme, il peut être nécessaire de rappeler que les estro-progestatifs ont, en plus de leur effet contraceptif, un effet protecteur à long terme contre le cancer de l’endomètre et le cancer de l’ovaire. Cette étude confirme aussi la nécessité de poursuivre le dépistage des lésions cervicales, chez les femmes vaccinées et non vaccinées.

Dr Roseline Péluchon

Xu H. et coll. : Hormonal contraceptive use and smoking as risk factors for high-grade cervical intraepithelial neoplasia in unvaccinated women aged 30–44 years. A case-control study in New South Wales, Australia. Cancer Epidemiol 2018 ; 55 : 162-169.