Syphilis de la femme enceinte : une augmentation nette de la prévalence aux Etats-Unis

Infectiologie

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La syphilis fait partie des maladies sexuellement transmissibles qui, en cours de grossesse, peuvent être transmises de la mère à l’enfant. En l’absence de traitement, il en résulte une syphilis congénitale qui peut survenir, dans 80 % des cas, à tous les stades de la grossesse. Sa prévention au moyen d’un traitement par la pénicilline G, administré chez la femme enceinte est impérative du fait d’une lourde morbi-mortalité néonatale. Aux Etats-Unis, il semble que la prévalence de la maladie soit en nette augmentation et cette tendance est récente, comme en témoignent les résultats d’une étude transversale, réalisée entre 2012 et 2016.

En effet, selon cette enquête, le nombre de cas de syphilis à tous les stades - précoce, primaire ou secondaire - diagnostiqués chez la femme enceinte est passé de 1 561 en 2012 à 2 508 en 2016, soit une augmentation de 61 %. Cette tendance a été constatée à tous les âges et dans toutes les ethnies, ainsi que dans toutes les régions des Etats-Unis. Les femmes concernées ont également été interrogées afin de déterminer les comportements à risque à l’aide d’une liste de 15 facteurs de risque. Cette recherche a permis d’identifier, dans 51 % des cas, des facteurs de risque, notamment un comportement sexuel à haut risque et l’existence d’une toxicomanie avérée. A contrario, près d’une fois sur deux (49 %), aucun des facteurs favorisants n’a été mis en évidence dans l’année qui a précédé la survenue de la syphilis maternelle. Dans l’ensemble, les comportements ou facteurs les plus souvent rapportés étaient des antécédents de maladie sexuellement transmissible (43 %) et le fait d’avoir eu plus d’un partenaire sexuel au cours de l’année écoulée (30 %).

Absence de facteurs de risque dans près d’un cas sur deux

Cette étude transversale étatsunienne montre donc clairement que, entre 2012 et 2016, le nombre de cas de syphilis détectés chez la femme enceinte a augmenté de plus de 60 %. Fait important, près d’une fois sur deux, aucun des facteurs de risque traditionnels n’est présent. Quoi qu’il en soit, la prévention de la syphilis congénitale repose sur un accroissement de la vigilance des professionnels de santé et le suivi des recommandations des sociétés savantes. Le dépistage systématique de la syphilis lors de la première visite prénatale apparaît comme une nécessité. Il importe aussi, à ce moment, de rechercher les profils à haut risque qui justifieront d’autres tests de dépistage au troisième trimestre de la grossesse et au moment de l’accouchement. La prévalence locale de la maladie doit aussi entrer en ligne de compte dans les modalités de cette prise en charge individuelle.  

Dr Philippe Tellier

Trivedi S et coll. National trends and reported risk factors among pregnant women with syphilis in the United States, 2012-2016. Obstet Gynecol. 2019 ; 133 : 27-32.