Syndromes coronaires aigus : les interactions entre le genre et la bithérapie antiplaquettaire mal connues

Syndromes coronaires aigus : les interactions entre le genre et la bithérapie antiplaquettaire mal connues
Les cardiopathies ischémiques constituent la principale cause de mortalité et entrainent généralement le recours à une bithérapie antiplaquettaire. Face à la sous-représentation des femmes dans les études cliniques, comment définir les effets du genre sur la réponse thérapeutique ?

Dans les suites d’un syndrome coronaire aigu (SCA), le recours à une bithérapie antiplaquettaire est souvent la règle, notamment quand une angioplastie s’est imposée. Le rôle du genre dans les indications de ce traitement est mal établi, alors qu’il existe un faisceau d’arguments indiquant que ce facteur a une certaine influence. D’où l’intérêt d’une revue des données disponibles dans le but de comprendre les mécanismes en jeu. L’objectif est aussi d’optimiser ce traitement afin de prévenir les événements en rapport avec les cardiopathies ischémiques, tout en minimisant le risque de complications hémorragiques.

De fait, si la réactivité et la réponse plaquettaires à divers stimuli pharmacologiques dépendent en partie du genre, la signification clinique de ces particularités biologiques est inconnue, tout autant que leurs mécanismes précis. Chez les femmes, le risque de complications thrombotiques et hémorragiques dans les suites d’un SCA est plus élevé que chez les hommes. Outre la réactivité plaquettaire, d’autres phénomènes interviendraient, tels que la réponse inflammatoire, les facteurs hormonaux et les particularités anatomiques du réseau coronaire.

Une sous-représentation des femmes dans les grandes études

Dans toutes les grandes études qui ont évalué les effets de la bithérapie antiplaquettaire au cours des SCA, force est de reconnaître que les femmes sont sous-représentées. Les résultats des essais contrôlés publiés ne peuvent donc être généralisés et utilisés pour répondre aux interrogations actuelles. Il est ainsi difficile de parvenir à un ajustement entre le risque hémorragique et la prévention des événements ischémiques en tenant compte du profil de risque chez les femmes victimes d’un SCA, étant donné le manque de connaissance flagrant dans ce domaine. D’ailleurs, aucune recommandation ne stipule de prendre en compte le genre en tant que variable décisionnelle, quand il s’agit de choisir tel ou tel antiplaquettaire ou encore de déterminer la durée du traitement. Là encore, c’est la sous-représentation du du sexe féminin dans les essais thérapeutiques qui explique ces incertitudes et complique les décisions à prendre face à un SCA qui va déboucher le plus souvent sur une angioplastie coronaire.

La solution réside certainement dans une modification des protocoles concernant les études à venir. Il convient certes d’augmenter la représentation des femmes dans ces dernières, mais aussi d’élaborer des méthodes analytiques appropriées et spécifiques, dès lors qu’il s’agit d’exploiter les données des grands registres disponibles. C’est à ce prix que l’on parviendra à mieux comprendre les mécanismes qui président aux interactions entre genre et bithérapie antiplaquettaire dans le cadre des SCA. C’est l’occasion de rappeler, au passage, que les cardiopathies ischémiques sont désormais la principale cause de mortalité dans de nombreux pays occidentaux. Leur prévalence chez les octogénaires est d’ailleurs plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

Dr Philippe Tellier

Mallidi J et coll. Role of gender in dual antiplatelet therapy after acute coronary syndrome. Curr Atheroscler Rep 2019 ; 21(9):34.

Partager l'article :