Stérilisation sous contrainte au Honduras : une triste réalité

Stérilisation sous contrainte au Honduras : une triste réalité
Alors que la stérilisation volontaire est l'une des principales formes de contraception, la stérilisation forcée est une violation des droits de l’Homme. Comment lutter contre la stérilisation sous contrainte des femmes au Honduras ?

Alors que la stérilisation volontaire est l'une des formes de contraception les plus utilisées par les femmes dans le monde entier, la stérilisation sous contrainte est considérée comme une violation des droits de l’homme et comme un motif d'asile aux États-Unis. De telles pratiques sont en revanche courantes chez des femmes vivant avec le VIH, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Dans ces régions, elles sont soit forcées à la stérilisation en échange de soins dont les traitements contre le VIH ou l’accouchement, soit intentionnellement mal informées, soit sont stérilisées à leur insu pendant une césarienne.
En Amérique centrale, le Honduras détient la plus forte prévalence du VIH chez les adultes (1,5 %). Récemment, l'épidémie d’infection par le VIH s'est intensifiée le long de la côte nord du pays, affectant particulièrement les Garifunas (prévalence de 8 %), un groupe ethnique minoritaire d'ascendance africaine qui subit des violations systémiques des droits de l'homme et de nombreux abus – concernant les droits fonciers, au logement, à l'eau, aux soins de santé et à l'éducation - ainsi que des attaques et des actes d'intimidation par le gouvernement hondurien. En dépit des lois nationales qui leur accordent les mêmes droits et le même statut que les hommes, les Honduriennes continuent de faire l'objet d'une discrimination et sont victimes de diverses formes de violence et de violations de leurs droits sexuels et reproductifs, tout particulièrement les femmes garifunas.

Un motif d’asile et d’aide à l’immigration


Un article rapporte ainsi la triste histoire de deux femmes garifunas séropositives pour le VIH, âgées de 34 et 38 ans, appréhendées lors de leur tentative de s’infiltrer aux Etats-Unis et ayant subi une stérilisation sous contrainte au Honduras. A la demande de leurs avocats, ces femmes ont fait l’objet d’examens médicaux approfondis. Des leçons clés peuvent en être tirées en ce qui concerne l'importance de cet examen médical dans la décision des juges se prononçant sur la demande d’asile.
Et les auteurs de conclure que les médecins qui examinent les femmes demandeuses d’asile doivent rechercher la notion de stérilisation sous contrainte, en particulier chez les femmes VIH+ appartenant à des groupes ethniques marginalisés et opprimés. La suspicion de stérilisation doit être documentée, si possible par une preuve radiologique de l’obstruction des trompes. Les événements entourant la stérilisation forcée, en particulier les interactions avec les personnels de santé du pays d’origine et le degré du préjudice psychologique subi sont autant d’éléments qui doivent être soigneusement consignés et portés à la connaissance des avocats de l'immigration car, en droit américain, la stérilisation sous contrainte est un motif d'asile et d’aide à l'immigration. Qu’en est-il en France et en Europe ?



Dr Bernard-Alex Gaüzère

Atkinson HG et Ottenheimer D. Involuntary sterilization among HIV-positive Garifuna women from Honduras seeking asylum in the United States: Two case reports. J Forensic Leg Med. 2018 ; 56 : 94-98.

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