Stéatose hépatique non alcoolique : elle existe aussi chez les minces

Stéatose hépatique non alcoolique : elle existe aussi chez les minces
Certains travaux ont montré que l’hépatopathie non alcoolique « mince » était plus fréquente chez les jeunes, les femmes et les personnes présentant une résistance à l’insuline et/ou une hypercholestérolémie.

L’hépatopathie stéatosique non alcoolique (NAFLD) est le plus souvent associée à l’obésité. Des travaux récents ont toutefois révélé son existence chez des sujets « caucasiens » ayant un IMC ≤ 25 kg/m2 ou des personnes d’origine asiatique dont l’IMC est ≤ 23 kg/m2. Décrite initialement chez ces dernières, sa prévalence serait de 5 à 26 % dans la population asiatique et de 7 à 20 % chez les occidentaux. Ceci suggère l’intervention de facteurs indépendants du poids corporel. Certains travaux ont montré que l’hépatopathie non alcoolique « mince » était plus fréquente chez les jeunes, les femmes et les personnes présentant une résistance à l’insuline et/ou une hypercholestérolémie.
Mais force est de constater que les mécanismes pathophysiologiques en cause ne sont pas encore élucidés. Plusieurs éléments semblent impliqués. Un dysfonctionnement du tissu adipeux a été observé chez certains sujets, avec une résistance à l’insuline de ce tissu, malgré un IMC bas et une répartition de la graisse sous-cutanée normale. Une composition corporelle anormale, des mutations génétiques, des changements épigénétiques survenant au début de la vie semblent jouer un rôle. Le microbiote pourrait aussi être impliqué : la comparaison du microbiote intestinal de sujets atteints de stéatopathie non alcoolique « mince » avec celui de sujets sains, a révélé des différences dans l’abondance de certaines de certaines souches microbiennes. Mais aucun mécanisme n’est encore incriminé avec certitude.

Un profil métabolique meilleur

Si les patients atteints d’hépatopathie non alcoolique « mince » ont un meilleur profil métabolique que les patients obèses, ils présentent toutefois des facteurs de risque non négligeables (dyslipidémie, hypertension artérielle, diabète et insulinorésistance) et peuvent développer tout le spectre des lésions hépatiques rencontrées chez ces derniers. Les données sont pour le moment insuffisantes et contradictoires pour évaluer le pronostic de l’hépatopathie chez ces patients, mais tout porte à croire qu’il ne s’agit pas d’une pathologie bénigne.
Concernant la prise en charge, il est nécessaire d’identifier et de corriger les possibles causes environnementales, comme une consommation importante de fructose. L’adoption d’un mode de vie sain et le traitement d’une éventuelle hypertension, dyslipidémie ou hyperglycémie sont nécessaires, mais non spécifiques pour les patients « minces ». Des conseils alimentaires peuvent être délivrés, notamment si une prise de poids, tout en demeurant dans les limites normales, a précédé l’apparition de l’hépatopathie. Une activité physique est conseillée, qui peut réduire la graisse viscérale.

Dr Roseline Péluchon

Younes R. et coll. NASH in lean individuals. Semin Liver Dis 2019 ; 39 : 86-95.

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