Schizophrénie : chercher l’âge de la mère à la première naissance

Spécialités :
Mots clefs :

Des travaux ont montré que les enfants nés de parents très jeunes ou, au contraire, âgés avaient un risque accru de pathologies psychiatriques, comparés à ceux nés de parents d’âge moyen. Une récente étude épidémiologique réalisée au Danemark a montré notamment une relation entre l’âge de la mère et le risque de schizophrénie, avec une courbe en U, le risque étant supérieur pour les enfants nés de très jeunes femmes et ceux de femmes plus âgées, par rapport aux enfants dont l’âge de la mère se situait entre 25 et 29 ans. Des incertitudes persistaient toutefois sur le rôle des facteurs psycho-sociaux associés à l’âge maternel et sur l’influence de l’âge du père (une étroite corrélation existait dans cette cohorte entre l’âge maternel et l’âge paternel, rendant la contribution de l’un ou de l’autre difficile à distinguer).
Plusieurs hypothèses ont été formulées pour expliquer cette augmentation du risque, parmi lesquelles l’hypothèse génétique. Une équipe australienne s’y est intéressée et a examiné la relation entre la schizophrénie et l’âge maternel. Un certain nombre de polymorphismes nucléotidiques simples ont été identifiés, plus fréquents chez les enfants atteints de schizophrénie que chez les sujets témoins. Ils ont alors permis de calculer une prédiction génétique du risque pour chaque femme. Une première étude a révélé un mécanisme d’association génétique entre la schizophrénie chez l’enfant et l’âge de sa mère à la naissance de son premier enfant.

Des polymorphismes nucléotidiques différents chez les jeunes et les plus âgées

La même équipe a cherché à confirmer ces résultats en utilisant une base de données plus large, incluant près de 38 000 individus, dont moins de 1 % présentaient une schizophrénie. L’association entre le risque prédictif génétique calculé de schizophrénie et l’âge lors de la naissance du premier enfant s’est confirmée. Le lien suivait, là aussi, une courbe en U, suggérant que l’association existe bien chez les femmes les plus jeunes (20 à <25 ans) lors de leur première grossesse et est fortement probable chez les femmes plus âgées (>30 ans). Les auteurs remarquent, par ailleurs, que les polymorphismes étaient différents chez les femmes jeunes et les plus âgées.
Cette approche génétique des liens entre l’âge des parents et la présence d’une pathologie psychiatrique chez l’enfant est intéressante en ce qu’elle pourrait permettre de voir un peu plus clair dans la construction complexe, à la fois biologique et sociale, de l’association entre le risque de schizophrénie et l’âge parental.
Dr Roseline Péluchon


Ni G. et coll. : Age at first birth in women is genetically associated with increased risk of schizophrenia. Sci Rep. 2018 ; 8 : 10168.