Santé mentale des détenu(e)s : plus d'antécédents psychiatriques chez les femmes

Santé mentale des détenu(e)s : plus d'antécédents psychiatriques chez les femmes

La santé des détenus fait l’objet de rares enquêtes. Elles relatent toutefois le plus souvent un taux élevé de pathologies mentales. C’est par exemple le cas du rapport publié par Santé Publique France en 2017 et mené en collaboration avec l’administration pénitentiaire. Il révélait qu’entre 2000 et 2010, la moitié des 2 541 décès de détenus étaient liée à des suicides.
Une étude réalisée récemment au Royaume-Uni confirme cette vulnérabilité des détenus. Au total 469 personnes ont participé à cette enquête, menée dans 13 prisons du sud de l’Angleterre (9 prisons pour hommes, 4 pour femmes).
Elle révèle que 48,8 % des participants disent avoir eu un contact avec des services de santé mentale avant leur incarcération et 42,4 % avoir reçu un diagnostic de maladie mentale.
Parmi eux se trouvent 6 femmes pour 4 hommes. Elles signalent plus souvent que les hommes des antécédents de troubles de la personnalité, de troubles de l’humeur, de troubles obsessionnels compulsifs ou de troubles du comportement alimentaire. Les hommes en revanche ont plus souvent que les femmes des antécédents de trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).
Sur la totalité des participants, un quart environ disent être en contact avec le service de santé mentale de la prison. Il s’agit plus souvent de femmes, mais la moitié seulement de ceux qui ont signalé des antécédents de troubles mentaux fréquentent ce service.
L’enquête comportait un volet de dépistage des troubles mentaux. Deux participants sur trois présentent des symptômes d’au moins une pathologie mentale et 1 sur 2 présente au moins un type de trouble de la personnalité (54,8 %). Il s’agit le plus souvent de dépression (28,1 %), de masochisme (22,4 %) ou de pathologie schizoïde (21,3 %). Les autres pathologies mentales les plus fréquentes sont la dépendance à une substance (42,2 %), l’anxiété (36,2 %) et le risque de suicide (27,3 %).
Les femmes présentent plus de troubles de la personnalité, mais aussi de troubles de l’humeur, du comportement alimentaire, des troubles psychotiques et de risque de suicide. La moitié des participants présente 2 ou 3 types de pathologies et le taux de comorbidités est plus fréquent chez les femmes.

Une prise en charge défaillante

L’enquête indique également un faible taux de prise en charge de ces pathologies. Si l’on excepte les dépendances (qui ne sont pas directement adressés aux services de santé mentale dans la majorité des prisons anglaises), les troubles insuffisamment traités sont les troubles de la personnalité, du comportement alimentaire et l’anxiété.
Par ailleurs, les besoins des hommes sont significativement moins couverts que ceux des femmes ce qui concerne notamment la prise en charge des troubles de la personnalité, du comportement alimentaire, de la surconsommation d’alcool et du risque de suicide.
Les auteurs précisent que cette enquête reflète une situation à un moment précis et dans une région de l’Angleterre, et que ses résultats ne peuvent être généralisés. Ils soulignent toutefois qu’elle rappelle les résultats de travaux réalisés 20 ans plus tôt. Ils estiment que des améliorations doivent être apportées en termes d’identification des maladies mentales dès l’entrée en prison, dans leur prise en charge et dans la coordination des services.

Partager l'article :