Santé des prostituées : tentative de check-up

La nouvelle loi adoptée en avril 2016 par la France concernant la prostitution suscite, on le sait, les critiques des associations mobilisées auprès des travailleurs et travailleuses du sexe. La sanction des clients des prostituées, mesure phare de la législation, risquerait en effet, selon ces organisations, de les pousser un peu plus dans la clandestinité et de les éloigner des systèmes de soins, accroissant le risque de violence et d’exposition à des maladies sexuellement transmissibles. 

Le risque d’infection par le VIH ne serait pas en première ligne

C’est dans ce contexte que la Haute autorité de santé (HAS) vient de publier un rapport sur la situation sanitaire des « personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe ». A la demande de la Direction générale de la Santé (DGS), un état des lieux a été dressé par la HAS, en s’appuyant sur des données nationales et internationales, parfois parcellaires, notamment sur la question des troubles mentaux.

La HAS s’intéresse d’abord aux maladies sexuellement transmissibles. Il apparaît (ce qui est surprenant) que selon le rapport « la prostitution ne constitue pas en soi un facteur de risque d’infection par le VIH ». Cette tendance générale trouve cependant de nombreuses nuances : plus la précarité économique, sociale et administrative des personnes concernées est importante, plus le risque d’infection par le VIH est élevé. Il serait en effet plus difficile à ce type de prostituées d’imposer le port du préservatif à leurs clients. La HAS observe par ailleurs que le niveau d’information des travailleurs et travailleuses du sexe concernant les infections sexuellement transmissibles, hors VIH, apparaît notoirement insuffisant.

Tabac et violence : le lot quotidien

Le rapport signale a contrario, que, quel que soit leur statut économique, social ou administratif, les prostituées sont fréquemment exposées à la violence, verbale ou physique. « De nombreuses études laissent penser qu’à l’issue de ces violences, peu de victimes consultent un médecin ou les déclarent à la police. La prévention de ce type de violence demeure donc un axe important de l’amélioration de la prise en charge ». Enfin, la HAS met en évidence une consommation fréquente de tabac chez les prostitué(e)s (la prévalence atteint 46 % chez les femmes et 65 % chez les hommes).

Dans cet état des lieux, la HAS ne se concentre pas sur d’éventuelles différences concernant l’état de santé et l’accès aux soins des prostituées en fonction du régime juridique en vigueur dans les pays étudiés. Elle préfère en effet conserver une certaine neutralité face aux débats actuels, notant dans son communiqué : « Ce travail, quel que soit le contexte législatif, est un préalable indispensable à l’élaboration d’une politique de réduction des risques d’autant que peu de données sont disponibles, y compris sur le nombre de personnes concernées par la prostitution, avec des écarts de 1 à 20 selon les études » avant d’ajouter que « tout changement de la législation devrait s’accompagner de mesures de l’impact des politiques mises en place par des indicateurs sanitaires ». En dépit de ce refus de prendre parti, les associations aujourd’hui hostiles à toute forme de pénalisation de la prostitution, en raison des risques qu’une telle répression ferait courir aux travailleurs et travailleuses du sexe, pourraient trouver dans les observations de la HAS des données abondant dans leur sens. Le rapport insiste en effet bien sur le fait que la précarité économique et sociale et la clandestinité augmentent le risque d’être contraint d’accepter des rapports sexuels non protégés, ainsi que celui de violence. En filigrane, les conclusions confirment par ailleurs le rôle important des associations, puisqu’il apparaît que, quelle que soit la situation des prostituées, leur crainte d’être l’objet de discriminations les dissuade souvent de recourir aux structures de soins "officielles".

Alors que le ministère de la Santé a refusé de faire entendre une voix discordante au moment des discussions autour de la proposition de loi de Maud Olivier, certains verront dans la publication de ce texte, à la demande de la DGS, une forme de mise en garde implicite.

Aurélie Haroche