Risque d’hypertension artérielle en cas de trouble dépressif majeur : les femmes davantage épargnées ?

Risque d’hypertension artérielle en cas de trouble dépressif majeur : les femmes davantage épargnées ?
Plusieurs études suggèrent que les individus dépressifs présentent un risque élevé de développer une hypertension artérielle, mais cette menace est-elle influencée par le genre ?

Le trouble dépressif majeur (TDM) est l’un des troubles mentaux les plus fréquents à l’échelon mondial, sa prévalence oscillant entre 2,1 % et 7,6 % selon les pays. Il en va de même pour l’hypertension artérielle en termes de prévalence, cette dernière étant comprise, dans les pays occidentaux, entre 29,8 % et 60,2 % dans le sexe masculin versus 23,8 % et 50,3 % dans le sexe féminin. Une association entre TDM et HTA a été évoquée par certaines études transversales, mais non confirmée par d’autres. Deux études prospectives plaident cependant en faveur d’un risque accru d’HTA dans les années qui suivent la survenue d’un TDM. Cette association semble se confirmer si l’on en croit les résultats d’une étude réalisée à Taiwan dans laquelle ont été inclus 743 114 patients ambulatoires, choisis au hasard à partir de 2005, dans une base de données nationale.

Des données qui demandent confirmation

Au sein de la cohorte considérée dans sa globalité, le risque d’HTA est apparu plus élevé en cas de TDM survenant chez un sujet de sexe masculin, le hazard ratio (HR) correspondant étant en effet de 1,116 (p=0,004) versus un HR de 0,93 (p=0,02) chez un sujet de sexe féminin. En recourant à l’appariement selon les scores de propension, ont été sélectionnés 27 988 hypertendus et 27 988 témoins (absence d’HTA) pour réaliser une étude cas-témoins intra-cohorte.
L’analyse des données ainsi obtenues a révélé que, chez les femmes atteintes d’un TDM, le risque relatif (RR) d’HTA était plus faible, soit de 0,852. Dans le sexe masculin, en l’absence de TDM, le RR d’HTA a été estimé à 1,987 versus 3,018 en présence d’un tel trouble. Une synergie d’effet entre le genre et le TDM semble aboutir à un risque élevé d’HTA dans le sexe masculin. Par ailleurs, dans une analyse selon le modèle des risques proportionnels, une interaction significative a été confirmée entre le genre et le TDM, le hazard ratio (HR) correspondant étant en effet estimé à 1,82 (p<0,001). Le recours aux antidépresseurs a également été associé à une augmentation du risque d’HTA, le HR étant alors de 1,16 (p<0,001).
Au total, le risque d’HTA en cas de TDM semble dépendre du sexe du patient. Chez l’homme qui reçoit un traitement antidépresseur, le risque en question serait particulièrement élevé, mais ces résultats doivent être confirmés par d’autres études de population, de préférence longitudinales, avant toute extrapolation ou généralisation hasardeuse.

Dr Philippe Tellier

Kao WT et coll. Gender disparity in the risk of hypertension in subjects with major depressive disorder. Front Psychiatry. 2019 Aug 2 ; 10 : 541. eCollection 2019.

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