Risque de rosacée chez la femme : la caféine innocentée ?

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La rosacée est une maladie de la peau, à la fois inflammatoire et chronique, dont la prévalence est plus élevée dans le sexe féminin. Parmi ses nombreux facteurs déclenchants potentiels, figurent pêle-mêle les boissons chaudes, les aliments épicés, l’exposition à la lumière solaire, les exercices intenses, les facteurs hormonaux et… la caféine. Il faut souligner que si cette dernière diminue la vasodilatation et exerce des effets immunosuppresseurs, elle est en général consommée en tant que boisson chaude, ce qui n’est guère bénéfique dans cette maladie cutanée. Les associations entre caféine et risque de rosacée sont loin d’ailleurs d’être établies avec certitude, car les études épidémiologiques ont abouti à des résultats parfois contradictoires. Rares sont celles qui ont néanmoins analysé avec précision la nature des boissons consommées et leur teneur en caféine au sein d’effectifs conséquents.

Les données de la Nurses’ Health Study II (NHS II)

La Nurses’ Health Study II (NHS II) fait exception à ces critiques, puisqu’elle a porté sur une cohorte de 82 737 femmes (âge moyen : 50,5±4,6 ans) suivies entre 1991 et 2005. La consommation de thé, de café, de sodas et de chocolat a été évaluée tous les 4 ans. Les antécédents de rosacée ont été pris en compte à partir d’un diagnostic médical dont la date a été enregistrée en 2005. Au terme d’un suivi globalement estimé à 1 120 051 sujets-années, ont été dénombrés 4 945 cas de rosacée. Après ajustement en fonction des autres facteurs de risque, une analyse multivariée a mis en évidence une relation inverse entre la consommation totale de caféine et le risque de rosacée. La comparaison interquintile (supérieur versus inférieur) a permis d’estimer le hazard ratio (HR) correspondant à 0,76 (IC95% : 0,69-0,84; p <0,001). Une relation similaire a été décelée avec le café caféiné, avec un HR de 0,77 (IC : 0,69-0,87, p<0,001) pour une consommation ≥4 tasses/jour versus <1/mois. En revanche, aucune association significative n’a été mise en évidence pour ce qui est du café décaféiné et il en a été de même pour le thé, les sodas et le chocolat.
Cette étude de cohorte prospective de grande envergure établit donc une relation inverse entre la consommation de caféine et le risque de rosacée. D’autres études sont comme d’habitude nécessaires pour répliquer ces résultats en tenant compte idéalement des divers sous-types de cette affection chronique. En attendant, il ne semble pas opportun de diminuer la consommation de café dans le but de prévenir la rosacée…

Dr Philippe Tellier

Li S et coll. Association of caffeine intake and caffeinated coffee consumption with risk of incident rosacea in women. JAMA Dermatol. 2018 . Publication avancée en ligne le 17 octobre. doi: 10.1001/jamadermatol.2018.3301.

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