Remplacement du frottis par le test HPV pour le dépistage organisé : premiers résultats aux Pays-Bas

Remplacement du frottis par le test HPV pour le dépistage organisé : premiers résultats aux Pays-Bas

Les Pays-Bas ont été le premier pays instaurant le test HPV en première intention pour le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus. Les premiers retours semblent en confirmer l’efficacité, malgré une légère baisse de l’adhésion au dépistage.  

En 2017, les autorités sanitaires néerlandaises ont modifié le programme de dépistage du cancer cervical. Les femmes ont désormais le choix entre le frottis pratiqué par leur médecin généraliste, ou un test de dépistage de HPV (papillomavirus à haut risque), pratiqué par le médecin ou à l’aide d’un kit pour auto-test. En avril 2017, ce nouveau protocole était déployé dans tout le pays, ciblant les femmes de 30 à 60 ans. Les femmes ayant un test HPV positif pour les HPV à haut risque sont invitées à faire pratiquer, en deuxième intention, un frottis chez leur médecin généraliste. En cas d’anomalie, une colposcopie est recommandée, en cas de normalité, le frottis est à renouveler 6 mois plus tard.

Une équipe hollandaise a réalisé une comparaison des données concernant plus de 450 000 femmes ayant participé au nouveau programme dépistage en 2017 et 483 000 femmes ayant participé au dépistage selon l’ancien protocole (frottis "classique") en 2015.
Les auteurs se félicitent des bons résultats issus de la modification du protocole de dépistage. Toutefois, contrairement à ce qui était attendu, la possibilité de pratiquer l’auto-test HPV n’a pas permis d’augmenter le taux de participation au dépistage. Au contraire, puisque le taux de participation au cours de la première année du nouveau protocole est de 61 %, alors qu’il était de 64 % en 2015. La positivité du dépistage et le taux de demande de consultation spécialisée sont supérieurs dans le groupe dépisté par test HPV (taux de positivité 9 % vs 5 % ; taux d’ « adressage » 3 % vs 1%). Le taux de détection des lésions CIN2 + augmente de 11 à 14 pour 1000 femmes dépistées. Les lésions non cliniquement significatives (≤ CIN1) sont 2 fois plus nombreuses dans le groupe des femmes ayant opté pour le test HPV, mais cette donnée est à mettre en balance avec une augmentation de 30 % des découvertes de lésions CIN2 +. Notons que cette différence est en grande partie secondaire à la recommandation nationale de pratiquer une colposcopie d’emblée avec des résultats HPV positifs et ASC-US/LSIL chez les femmes dépistées par test HPV.

Des résultats plutôt favorables donc, mais qui n’occultent pas la nécessité de suivi de ce nouveau protocole, pour évaluer sur un temps plus long la balance bénéfices/risques de ce programme. Notons qu’en France, la HAS, à la suite de l’INCa, a recommandé très récemment que le test HPV soit utilisé en 1ère intention à la place du frottis. Quant au dépistage organisé, il se fait toujours attendre.

Dr Roseline Péluchon

Aitken CA. et coll. : Introduction of primary screening using high-risk HPV DNA detection in the Dutch cervical cancer screening programme: a population-based cohort study. BMC Medicine (2019) 17:228
Open Access

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