Quels risques pour la santé des femmes qui ont subi un premier rapport sexuel sous la contrainte ?

Quels risques pour la santé des femmes qui ont subi un premier rapport sexuel sous la contrainte ?
Au moins 3 M d’américaines ont commencé leur vie sexuelle sous la violence, c’est le constat glaçant d’une étude réalisée aux Etats-Unis avant même le début du mouvement MeToo. L’enquête met également en lumière l’impact de ce traumatisme sur leur santé et les pratiques à risque.

On estime que plus de 40 % des femmes sont victimes de violences sexuelles, qu’il s’agisse de harcèlement, d’attouchements ou de viol. À une époque où les femmes trouvent enfin le courage de dénoncer les violences qu’elles subissent, l’OMS a identifié une forme spécifique de violence sexuelle : l’initiation sexuelle imposée, c’est-à-dire un premier rapport sexuel non consenti, subi sous la contrainte, qu’elle soit physique ou psychologique.
Une étude initiée aux États-Unis par les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) a interrogé, entre 2011 et 2017, plus de 13 000 femmes, de 18 à 40 ans, sexuellement actives.
« Diriez-vous que votre premier rapport sexuel avec pénétration vaginale était consenti ou non consenti ». À cette question, 6,5 % des femmes interrogées ont répondu : « non consenti ». Ce pourcentage, extrapolé à l’ensemble de la population des États-Unis laisserait penser que plus de 3 millions de femmes de ce pays ont débuté leur vie sexuelle sous la contrainte.
Celle-ci était verbale et/ou physique, et plus de 40 % des femmes interrogées se souvenaient d’avoir été « plaquées au sol ». Elles étaient souvent jeunes, leur partenaire était plus âgé et plus fort physiquement, parfois elles avaient été droguées ou on les avait fait boire, elles avaient peur, et dans un quart des cas elles avaient reçu des coups.
Par comparaison avec les femmes qui avaient initié leur vie sexuelle de manière consentie, celles qui avaient eu un premier rapport sous la contrainte étaient en moyenne plus jeunes : 15,6 ans versus 17,4 ans, et même parfois très jeunes (moins de 10 ans dans 7 % des cas).
La différence d’âge entre la femme qui avait subi ce rapport forcé et son partenaire, dont l’âge moyen était de 27 ans était très supérieure à celle des partenaires d’un premier rapport consenti qui avaient, en moyenne, 21 ans.
Les femmes victimes d’un premier rapport non consenti étaient plus souvent nées en dehors des États-Unis et étaient plus souvent pauvres, mais tous les groupes sociaux présentaient des taux significatifs d’initiation sexuelle forcée.

Un marqueur de vulnérabilité

Cette étude américaine montre que les femmes qui ont subi un premier rapport non consenti ont eu, par la suite, plus de grossesses non désirées, plus souvent recours à l’IVG, et ont plus fréquemment souffert de douleurs pelviennes, que celles-ci soient dues à une pathologie infectieuse, à des troubles du cycle ou à une endométriose.
Elles estimaient, plus fréquemment que les femmes qui n’avaient pas été confrontées à ce traumatisme initial, que leur santé était moyenne ou mauvaise. Mais peut-on affirmer que cette initiation traumatique de leur vie sexuelle soit la cause de tous ces maux ?
Quoi qu’il en soit, l’événement traumatisant que représente l’initiation sexuelle contrainte est certainement un important marqueur de vulnérabilité. Les femmes qui ont subi ce traumatisme devraient faire l’objet d’une prise en charge attentive à court et à long terme. Des campagnes de prévention efficaces devraient aussi se développer auprès des jeunes filles et surtout des hommes.

Dr Catherine Vicariot

Hawks L et coll. Association between forced sexual initiation and health outcomes among US women. JAMA Intern Med 2019. Publication avancée en ligne le 16 septembre.  doi:10.1001/jamainternmed.2019.3500

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