Quelle est la fiabilité des modèles de calcul du risque de cancer du sein en fonction des résultats de la recherche de mutation de BRCA1 et BRCA2 ?

Quelle est la fiabilité des modèles de calcul du risque de cancer du sein en fonction des résultats de la recherche de mutation de BRCA1 et BRCA2 ?
Certaines altérations génétiques peuvent exposer les personnes qui en sont porteuses à un risque considéré comme « très élevé » de développer un cancer. Mais faut-il se fier aux tests génétiques chez les femmes ?

Des modèles de calcul du risque individuel de cancer du sein sont utilisés pour adapter les modalités du dépistage, ou envisager des mesures de prévention chirurgicale ou médicale (mastectomie, hormonothérapie…). Trois modèles sont couramment utilisés : BOADICEA, BRCAPRO, et IBIS. Tous peuvent intégrer dans leur calcul le résultat de la recherche d’une mutation de BRCA1 ou de BRCA2. Alors que l’accès à la recherche d’une mutation est de plus en plus facile, il n’est pas certain que ces modèles soient efficaces chez les femmes non porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2.

Près de 15 000 femmes issues d’une cohorte prospective nord-américaine et australienne (The Prospective Family Study Cohort) ont été suivies durant 10 ans. Agées de 20 à 70 ans lors de l’inclusion, elles étaient indemnes de cancer du sein ou de l’ovaire. Elles avaient très majoritairement des antécédents familiaux de cancer du sein au premier ou au deuxième degré (96,1 %), et soit elles n’avaient pas fait la recherche d’une mutation de BRCA1 ou BRCA2, soit celle-ci était négative.

Pour chaque femme, le risque à 10 ans de développer un cancer invasif du sein a été calculé en utilisant les trois modèles : BOADICEA, BRCAPRO, et IBIS. L’étude a comparé le nombre de cancer du sein "attendus" au nombre de cancer du sein observés.

Durant les 10 années de suivi, 482 femmes ont développé un cancer du sein, soit 4 cas pour 1000 femmes par an.

Chez les femmes testées et négatives pour la recherche d’une mutation de BRCA1 ou BRCA2 (et dont les proches n’avaient pas été testés) les trois modèles sous-estimaient le risque, d’un quart à plus de 50 %. Les modèles BOADICEA et IBIS surestimaient le risque, d’un facteur 2 à 4, chez les femmes testées et négatives pour la mutation spécifique de BRCA1 ou BRCA2 retrouvée chez leurs proches. Les modèles BOADICEA et IBIS étaient performants pour estimer le risque des femmes qui n’avaient pas fait la recherche d’une mutation de BRCA1 ou de BRCA2.

Bien que ces modèles soient généralement performants, ils semblent inadéquats pour estimer le risque de cancer invasif du sein chez les femmes non porteuses d’une mutation de BRCA1 ou de BRCA2.

Dr Catherine Vicariot

Robert J. MacInnis et coll. Considerations when using breast cancer risk models for women with negative BRCA1/BRCA2 mutation results. J Natl Cancer Inst. 2019, 4 octobre (doi: 10.1093/jnci/djz194)

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