Que pensent les populations d'un pays très pauvre de la vaccination contre le papillomavirus ?

Que pensent les populations d'un pays très pauvre de la vaccination contre le papillomavirus ?
La Papouasie Nouvelle Guinée est l’un des pays au monde où l’incidence du cancer du col de l’utérus est la plus élevée. Si l’ensemble de la communauté semble prêt à accepter la vaccination, des croyances et des craintes demeurent.

La Papouasie-Nouvelle Guinée est l’un des pays au monde où l’incidence des cancers cervicaux est la plus élevée. Une tentative d’organisation d’un dépistage systématique a été menée il y a plusieurs années par une ONG, mais le faible taux de participation et le nombre très important des "perdues de vue" avaient conduit à son abandon. Le gouvernement de Papouasie Nouvelle Guinée envisage désormais d’introduire la vaccination systématique contre le papillomavirus (HPV).

Avant d’étendre cette vaccination, il était essentiel de "sonder" la population, pour préparer la stratégie permettant d’obtenir la meilleure adhérence possible au programme de vaccination. Dans ce pays où l’accès aux soins, qu’ils soient préventifs ou curatifs, est très limitée, la vaccination contre le HPV revêt une importance majeure pour la prévention du cancer du col. Comprendre les attentes, les croyances et les appréhensions de la population vis à vis de ce vaccin est donc capital.

C’est dans cet objectif qu’a été menée une enquête incluant 208 participants de tous les âges, recrutés dans 3 provinces du pays, et parmi lesquels 71 % de femmes. Les volontaires ont été divisés en petits groupes, pour des interviews et des « focus groupes ». Tous avaient reçu au préalable une information concernant le cancer du col, le HPV et le vaccin.

Deux thèmes essentiels émergent de ces entretiens. Le premier concerne la protection conférée par le vaccin et l’acceptation de celui-ci, le second l’expression des inquiétudes à l’égard des vaccins.

L’âge de la vaccination a fait l’objet de nombreux débats, la majorité des participants se prononçant pour une vaccination entre 8 et 14 ans, d’autres préconisant un âge plus précoce. En revanche, la totalité des participants préconise que le vaccin soit gratuit et la majorité qu’il soit administré aux filles et aux garçons, avec, si une priorité est à établir, qu’elle soit plutôt pour les premières. Si l’ensemble de la communauté semble prêt à accepter la vaccination, des craintes s’élèvent concernant une augmentation de l’incidence des maladies sexuellement transmissibles qui pourrait l’accompagner, en encourageant les jeunes gens à la sexualité.

Concernant les inquiétudes sur la vaccination, les participants demandent que le programme de vaccination soit totalement transparent. Ils souhaitent être mieux informés sur les avantages et inconvénients du vaccin et, en ce qui concerne les parents, veulent rester maître de leur décision de vacciner ou non leur enfant, sans que cela leur soit imposé par le personnel de santé. L’une des craintes qui revient souvent concerne la médecine "occidentale" et la vaccination des enfants en général, que certains participants accusent d’être responsable d’une baisse de l’intelligence des enfants. Une autre crainte concerne le risque d’infertilité attaché à la vaccination des enfants.

Les auteurs remarquent que le respect des cultures locales et des croyances au sujet de la santé est indispensable pour le succès d’une campagne de vaccination. Mais, si l’information des populations est importante, le personnel de santé doit aussi se remettre en question et prendre en compte l’expression de la défiance de la population.

Dr Roseline Péluchon

Kelly-Hanku A. et coll. : HPV vaccination in Papua New Guinea to prevent cervical cancer in women: Gender, sexual morality, outsiders and the de-feminization of the HPV vaccine. Papillomavirus Research (2019), doi: https://doi.org/10.1016/j.pvr.2019.100171

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