Quand l’épilepsie connue s’aggrave ou non chez la femme enceinte

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L’épilepsie de la femme constitue l’un des problèmes cliniques les plus importants de l’épileptologie. En effet, la maladie et son traitement interagissent avec l’état de santé, tout particulièrement à l’occasion d’une grossesse qui vient bouleverser les équilibres instaurés sur le long terme, souvent non sans difficultés. Une revue de 27 études, publiée en 1982, portant sur 2 165 grossesses, avait montré que la fréquence des crises évoluait de façon variable chez la femme épileptique : augmentation (24 %), diminution (23 %) ou stabilité (53 %). Ces chiffres ont été confirmés par l’étude EURAP (1 882 grossesses) qui date de 2006, avec des valeurs correspondantes qui ont été respectivement de 17 %, 16 % et 63%. Le pronostic est bien meilleur en cas d’épilepsie idiopathique généralisée, par rapport aux formes focalisées plus souvent réfractaires.


Une étude de cohorte prospective, de dimensions plus modestes, réalisée en Azerbaïdjan, illustre le propos, tout en confirmant en grande partie les impressions précédentes. Elle a en effet inclus 105 femmes épileptiques enceintes, suivies entre 2013 et 2017. L’âge moyen au moment où la maladie s’est installée était de 17,4 ± 0,5 ans. Des crises sont survenues au cours de la grossesse chez 76 femmes (72,4 ± 4,4 %). Dans 11 cas (10,5 ± 3 %), il s’agissait d’une crise inaugurale : en d’autres termes, l’épilepsie préexistait chez 94 femmes. Chez 29 d’entre elles (30,9 ± 4,8%) qui n’avaient pas de crises avant la grossesse, cette éventualité a perduré au cours de cette dernière. Chez les 65 participantes restantes, la fréquence des crises préexistantes a augmenté (n=27 ; 28,7 ± 4,7 %), diminué (n=24 ; 25,5 ± 4,5 %) ou est restée stable (n=14 ; 14,9 ± 3,7%).
Un risque plus élevé en cas de forme focale ou de défaut d’observance

Parmi les 15 femmes qui n’avaient pas eu de crises pendant l’année qui a précédé la grossesse, 11 sont restées dans ce cas (73,3 ± 11,4 %). L’aggravation de l’épilepsie a été plus souvent le lot des formes focalisées, soit 22/62 (35,5 ± 6,1 %) versus 5/32 (15,6 ± 6,4 %) dans les formes généralisées idiopathiques, ce qui conduit à un odds ratio (OR) de 2,97 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1-8,81). Un défaut d’observance thérapeutique a été détecté chez 20 participantes (19,0 ± 3,8 %) et la fréquence des crises a augmenté chez 18 d’entre elles (90 ± 6,7%), alors qu’en cas de traitement bien suivi, cette éventualité n’a été rencontrée que dans 5 cas sur 51 (9,8 ± 4,2%), soit une différence intergroupe hautement significative (p<0,001) et un OR proche de 10.
Cette petite étude de cohorte prospective va ainsi dans le sens des données antérieures, tout en précisant quelques points : (1) en l’absence de crises préexistant à la grossesse dans l’année qui précède, en cas d’épilepsie connue, cet état perdure dans la majorité des cas ; (2) l’épilepsie focale expose à un risque particulièrement élevé d’aggravation, tout comme les défaillances de l’observance thérapeutique. Ces notions méritent d’être bien connues pour minimiser le risque d’état de mal épileptique au cours de la grossesse.

Dr Philippe Tellier
Shahla M et coll. The course of epilepsy and seizure control in pregnant women. Acta Neurol Belg 2018 ; 118 : 459-464.