Quand cuisiner nuit à la santé

Quand cuisiner nuit à la santé
L’Agence Internationale d’Energie estime qu’environ 3 milliards de personnes dans le monde utilisent des produits de la biomasse pour cuisiner et notamment des femmes. Quel est l’impact de ces produits dans la survenue de pathologies cardiovasculaires et respiratoires ?

L’Agence Internationale de l’Energie estime qu’environ 3 milliards de personnes à travers le monde utilisent encore des produits de la biomasse pour cuisiner. Pour des raisons économiques, mais aussi culturelles et sociales, ces produits sont les combustibles préférés pour la cuisine dans nombre de pays en développement. En Afrique sub-saharienne, plus de 90 % des foyers ont recours pour la cuisine, au bois, au charbon et aux déchets. Mais ces combustibles sont brulés dans des cuisines mal ventilées et/ou sur des cuisinières traditionnelles à faible rendement et caractérisées par de fortes émissions de polluants.

Ce sont souvent les femmes qui ont la charge de la cuisine pour les familles et elles sont de ce fait les plus exposées à de fortes concentrations de polluants contenus dans les fumées. Or, de nombreux travaux ont traité du lien entre la pollution de l’air intérieur et la survenue de problèmes de santé, particulièrement des pathologies cardio-vasculaires et respiratoires, à court et moyen terme.

Une nouvelle étude a été récemment publiée, menée dans plusieurs quartiers de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Dans cette ville, 44 % des foyers utilisent le bois comme premier combustible pour la cuisson des aliments, 16 % le charbon et 40 % le gaz. L’étude a lieu pendant la saison sèche, entre mars et avril 2017 et 1705 femmes, en charge de la cuisine dans leur foyer, ont accepté d’y participer.

Les femmes qui utilisent les produits de la biomasse pour cuisiner présentent une plus grande fréquence de tous les symptômes respiratoires chroniques, en comparaison de celles qui utilisent le gaz, et celles qui utilisent le charbon plus que celles qui préfèrent le bois. En analyse multivariée, et après ajustement pour un grand nombre de paramètres, plusieurs symptômes respiratoires restent associés à l’utilisation des produits de la biomasse, par rapport à celle  du gaz. Il s’agit des épisodes de toux sèche, des difficultés respiratoires, de la toux irritative, des expectorations chroniques, des sifflements, des troubles du sommeil du fait de la dyspnée ou des quintes de toux. Ces symptômes sont présents de 30 % à 60 % plus souvent chez les utilisatrices de combustibles de la biomasse.

L’étude bouscule aussi quelques idées reçues. Il s’agit notamment de l’idée selon laquelle le charbon serait un combustible plus « propre » que le bois. Cela n’apparaît pas dans cette étude, qui montre plutôt que l’utilisation du charbon est associé à une augmentation du risque de symptômes respiratoires chroniques supérieure de 20 à 30 % à celle constatée avec le bois. L’autre idée reçue concerne l’efficacité des « fours améliorés », destinés initialement à réduire la consommation de combustibles et les émissions de fumées et à régler le problème de la pollution de l’air intérieur. Selon les auteurs, ceux qui sont utilisés ici sont souvent de qualité médiocre, et l’étude confirme que les femmes se servant de ces fours présentent aussi plus de problèmes respiratoires que celles utilisant le gaz.

Les auteurs appellent de leurs vœux des mesures énergiques et efficaces pour accélérer la transition vers des énergies propres et durables au sein des foyers.  

Dr Roseline Péluchon

Sana A. et coll. : Primary Cooking Fuel Choice and Respiratory Health Outcomes among Women in Charge of Household Cooking in Ouagadougou, Burkina Faso: Cross-Sectional Study.Int. J. Environ. Res. Public Health 2019, 16, 1040

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