Procréation par AMP : les montagnes russes des sentiments

Procréation par AMP : les montagnes russes des sentiments

Les travaux s’intéressant au devenir des enfants nés par aide médicale à la procréation (AMP) ne montrent pas d’augmentation du risque de troubles mentaux, cognitifs ou comportementaux l’enfant. Les données ne montrent pas non plus d’effet négatif des traitements d’aide à la procréation sur les relations parents-enfants. Mais quel est le retentissement de l’AMP sur les parents ? Quels sont les besoins des couples qui conçoivent par l’une de ces méthodes ?

C’est sur ce sujet qu’a enquêté une équipe de Barcelone.
Au total 51 participants ont accepté de répondre à des interviews individuelles semi-structurés. Il s’agissait de 30 femmes enceintes et de 21 partenaires (20 hommes et 1 femme), venant de bénéficier d’une FIV (fécondation in vitro), d’une ICSI (Intracytoplasmic sperm injection) ou d’une insémination intra-utérine.

Les interviews font apparaître la diversité des besoins exprimés par les femmes et les couples, diversité bien plus grande que ce que la littérature existante avait jusqu’à présent établi. Car, si les données disponibles révèlent que les traitements d’AMP augmentent l’anxiété spécifique relative à la grossesse, cette enquête montre aussi que les objets de cette anxiété sont multiples et variables selon le stade du processus d’AMP.

Ainsi, la période d’infertilité précédant l’entrée dans la démarche d’AMP est considérée comme une période stressante, avec, entre espoir et déceptions, des sentiments en « montagnes russes ». Il s’agit d’un moment où l’âge et le temps qui passe engendrent un sentiment d’urgence, de « course contre le temps ». Une fois l’AMP envisagée, viennent les inquiétudes sur les complications d’une éventuelle grossesse. Les tentatives et échecs successifs ont un impact important sur l’anxiété, aggravée par la médicalisation. Le succès d’une tentative est considéré comme une « chance », voire un « miracle » par une grande partie des participants, mais est aussi décrit comme une période très angoissante, alors que les femmes estiment que la réussite de leur tentative leur enlève le droit de se plaindre.

Les conséquences d'un don de gamètes

Le recours au don de gamètes ou d’embryons est à l’origine de problèmes spécifiques, un choix difficile et une déception, pour les couples hétérosexuels, d’avoir à renoncer à un enfant issu des gamètes des deux éléments du couple. La difficulté semble plus importante quand le don est suggéré par un professionnel et n’a pas été anticipé. Enfin, certains expriment leur frustration de ne pas pouvoir connaître le donneur (le don de gamète est anonyme en Espagne), ni l’associer à l’aventure. Quant à l’impact de l’infertilité sur le couple, il semble dépendre des stratégies mises en place, du dialogue et de l’implication de chacun, de l’attitude de l’entourage. L’infertilité peut aussi être un facteur de rapprochement au sein du couple.
L’étude menée par cette équipe de Barcelone suggère finalement que les femmes qui obtiennent une grossesse par AMP ont besoin de développer une relation particulière, parfois ambivalente, avec l’équipe soignante. Leurs silences doivent être respectés, mais leurs craintes spécifiques et leurs espoirs doivent être entendus.

Dr Roseline Péluchon

Crespo E. et coll. : Psychosocial needs of women and their partners after successful assisted reproduction treatment
in Barcelona. Reproductive BioMedicine and Society Online, 2016; 3 : 90–99

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11/9/2018
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