Prendre soin d’un proche atteint de maladie d’Alzheimer, une menace pour les fonctions cognitives

Plusieurs études ont montré que les membres de l’entourage familial qui prennent en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer (MA) sont davantage sujets à des problèmes de santé : dépression, isolement, obésité et, particulièrement, augmentation du cortisol, indicateur de stress. Or le stress, chronique ou aigu, a un impact sur la cognition. Par conséquent, il est possible que les soignants familiaux de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (SFMA) soient aussi à risque plus élevé de déficit cognitif. L’étude de l’équipe de KB Dassel et coll. s’inscrit dans leurs travaux récents, réalisés en plusieurs vagues bisannuelles, qui ont signalé la plus grande fragilité de ces soignants familiaux par rapport à d’autres soignants familiaux de personnes malades, mais n’ayant pas la maladie d’Alzheimer (SFNMA). Elle visait, plus spécifiquement, à vérifier les hypothèses suivantes : 1) les SFMA auront un déclin cognitif plus marqué au moment du décès (TO) du parent concerné par les soins par rapport aux données recueillies deux ans auparavant (T-2) ; 2) le déclin cognitif des SFMA sera plus important que celui des SFNMA aux deux mêmes moments.

L’évolution des fonctions cognitives d’un échantillon de SFMA et SFNMA a été mesurée en utilisant les données des 8 évaluations de l’étude Health and Retirement Study (1) ainsi que d’un entretien téléphonique, le modified Telephone Interview for Cognitive Status. D’autres données ont été prises en compte (le sexe, l’ethnie, l’éducation, l’âge, les ressources et la fragilité), ainsi que les circonstances du décès de la personne atteinte de maladie d’Alzheimer.

Un déclin cognitif plus marqué pour les soignants familiaux des personnes atteintes de MA

La population de l’étude, composée majoritairement de femmes (73,8 %), d’un âge moyen de 73 ans, comprenait 192 SFMA et 1 063 SFNMA. Les SFMA étaient plus âgés et plus fragiles que les SFNMA. Les soignants familiaux déjà atteints de la maladie d’Alzheimer à T-2 ont été exclus de l’étude. Après prise en compte des autres éléments, les résultats de l’étude confirment les deux hypothèses. Les SFMA ont un déclin cognitif plus important (p<0,01) que les SFNMA. Avant le décès de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, ce déclin est estimé à 1,77 point chez les SFMA, comparé à 0,87 pour les SFNMA. Après le décès, le déclin dans ces deux groupes est respectivement de 1,89 point chez les SFMA et de 1,18 point chez les SFNMA. Des interventions à mettre en place ? L’étude appelle ainsi à des interventions psychosociales et éducationnelles afin d’améliorer la santé ainsi que la qualité de vie, tant des soignants familiaux que des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (2). De plus, un dépistage plus précoce de ces déficits cognitifs est suggéré.

Cécile Michaud, inf., PhD Dassel KB et coll. Does caring for a spouse with dementia accelerate cognitive decline? Findings from the Health and Retirement Study. Gerontologist 2017 ; 57 : 319–328. (1) http://hrsonline.isr.umich.edu/ (2) Plusieurs programmes en français sont disponibles à l’adresse https://evalorix.com/author/francine-ducharme/

Lire aussi :

Partager l'article :