Pourquoi les femmes ont une meilleure mémoire ?

Spécialités :
Neurologie / Psychiatrie
Mots clefs :
-

La mémoire autobiographique est une part importante de ce qui constitue notre personne. Dans ce domaine, il existe des différences entre hommes et femmes, ces dernières rapportant plus volontiers et rapidement des souvenirs riches en détails, assortis d’une forte composante subjective et émotionnelle. Dans la compréhension  du phénomène complexe de la récupération des souvenirs, l’IRM fonctionnelle (IRMf) a déjà mis en évidence l’importance de différentes régions cérébrales, en particulier de l’hippocampe, du cortex préfrontal droit et du cortex pariétal. Cependant, si la résolution spatiale de l’IRMf est excellente, elle ne délivre que des informations grossières sur la dynamique du processus. L’électro-encéphalogramme permet, en revanche, une observation temporelle très précise des phénomènes cérébraux.

Des souvenirs plus riches

Au cours d’une expérience menée par JR Manns et coll., 22 hommes et 22 femmes devaient se rappeler d’un événement personnel neutre, négatif, ou positif, durant 3 secondes, en rapport avec un indice choisi parmi 75 mots qui avaient préalablement étés définis par les sujets. La vivacité des souvenirs, évaluée par les participants eux-mêmes, ne différait pas entre les hommes et les femmes. Les oscillations alpha diminuaient en puissance dans tous les canaux d’EEG durant le rappel du souvenir. Il a, de plus, été observé une diminution de la cohérence alpha au niveau frontal  durant la première seconde et une augmentation de la cohérence au niveau pariétal durant les deuxième et troisième secondes. Cependant, chez les femmes, cette cohérence alpha au niveau pariétal se maintenait jusqu’à la fin de l’enregistrement, alors que, chez les hommes, elle revenait à la normale au cours de la deuxième seconde pour les souvenirs neutres, et de la troisième seconde pour les souvenirs émotionnels.

Pour les auteurs, la perte de cohérence alpha au niveau frontal pourrait signifier la synchronisation des régions frontales avec les régions temporales ou encore la synchronisation de sous-régions du lobe préfrontal entre elles. Dans tous les cas, elle souligne l’importance du lobe frontal dans les étapes initiales du rappel de souvenirs. La synchronisation des régions pariétales, qui semble différer en fonction du genre et du contenu émotionnel, pourrait souligner le rôle du lobe pariétal dans la composante émotionnelle du souvenir. Le maintien plus prononcé de la cohérence alpha au niveau pariétal chez les femmes pourrait rendre compte de l’élaboration plus importante du rappel autobiographique chez ces dernières.

Dr Alexandre Haroche   Manns JR et coll.  Cortical dynamics of emotional autobiographical memory retrieval differ between women and men. Neuropsychologia 2017. Publication avancée en ligne.