Pourquoi les femmes demandent-elles une mastectomie controlatérale prophylactique en dehors des situations à risque ?

Spécialités :
Oncologie
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Bien que les études ne prouvent aucun bénéfice sur la survie de la mastectomie controlatérale préventive chez les femmes à risque moyen, cette pratique est en augmentation constante aux Etats-Unis. Et pourtant, elle va à l’encontre des recommandations du National Comprehensive Cancer Network qui estimait, en 2014, que moins de 10 % des femmes chez qui un cancer du sein est nouvellement diagnostiqué remplissent les critères cliniques pour une mastectomie controlatérale préventive.

Ainsi, alors que la survie spécifique à 20 ans des patientes traitées pour un carcinome canalaire in situ est de l’ordre de 99 %, une enquête révélait une augmentation de la mastectomie préventive controlatérale chez ces patientes, passant de 12,7 % en 1998 à 36,5 % en 2011. Pour inverser cette tendance, il est indispensable d’en connaître les motivations. C’est la raison pour laquelle une équipe américaine a réalisé une enquête téléphonique auprès de 113 femmes atteintes d’un cancer du sein et venant de choisir une mastectomie controlatérale préventive. L’objectif était de connaître leurs motivations, et de savoir si le statut socio-économique, l’âge et la gravité de la maladie avaient eu un impact sur leur décision.

En dépit des recommandations

Si des différences existent selon l’âge, l’éducation, le statut socio-économique et la gravité du cancer, force est de constater certaines similarités sur ce qui semble important pour ces patientes. Et notamment, la motivation vraiment essentielle, constatée quelles que soient les différences démographiques, est bien celle de réduire le risque au long cours, risque dans lequel se trouvent inclus à la fois la survie et le désir d’éviter d’avoir à affronter à nouveau des traitements pour un éventuel cancer controlatéral. Cet argument du traitement est principalement évoqué par les femmes les plus âgées, alors que les plus jeunes et les femmes dont le niveau d’éducation est le plus élevé parlent aussi d’un souci de symétrie. Quant à la gravité de la maladie, elle entre en compte dans l’importance que la patiente accorde à la nécessité d’éviter d’autres traitements. Cette idée que la mastectomie controlatérale, hors situation à risque, contribuera à une survie prolongée persiste donc, quel que soit l’âge ou le niveau d’éducation et socio-économique, et envers et contre toutes les études et publications démontant cette hypothèse.

Alors que faire ? D’abord insister sur la reconstruction possible, pour rassurer les femmes dont l’argument est la recherche de la symétrie. Les auteurs suggèrent par ailleurs que, pour convaincre les patientes que la mastectomie controlatérale n’améliorera pas leur survie, les praticiens devraient leur expliquer que le risque de métastases à distance de la lésion index est largement supérieur à celui d’un deuxième cancer primaire et plus susceptible d’être à l’origine d’un décès. Il est permis de douter que cela les réconforte réellement.

Dr Roseline Péluchon

Baptiste DF et coll. Motivations for contralateral prophylactic mastectomy as a function of socioeconomic status. BMC Women's Health 2017 ; 17 : 10.