Pourquoi certaines femmes sont-elles violentes ?

Pourquoi certaines femmes sont-elles violentes ?

Si l’on parle beaucoup des agressions dont sont victimes les femmes, l’on en sait beaucoup moins sur ce qui fait qu’une femme est elle-même agressive ou violente. L’agressivité de l’homme a beaucoup été étudiée, du point de vue sociologique, physiologique, biologique, etc. et quelques travaux ont aussi été réalisés chez les femmes. Une équipe australienne a fait le point sur ces travaux et livre ses conclusions dans un article pour le moins intéressant. Les auteurs se sont notamment penchés sur les résultats d’expérimentations réalisées en laboratoire et sur les mécanismes sociologiques, hormonaux et cérébraux qui sous-tendent l’agressivité féminine.

La provocation libère l’agressivité de la femme

Il est souvent stipulé que les femmes commettent moins d’agressions que les hommes, du fait des différences physiques ou des valeurs culturelles et sociales qui les influencent. Il semble en réalité que les choses ne soient pas aussi simples. Car, si l’analyse des études expérimentales montre en effet que les femmes sont généralement moins agressives physiquement que les hommes, cette différence s’atténue significativement quand les femmes se sentent provoquées, notamment quand la violence verbale peut s’exprimer.

Selon ces travaux, l’agressivité physique moindre de la femme serait plutôt le résultat d’une réaction de fuite devant les situations stressantes, quand l’homme est plus prompt à aller à l’affrontement. Quant à l’agressivité causée par l’alcool, elle serait, selon les expérimentations, moindre chez la femme, mais se libère en cas de provocation et particulièrement quand la cible est une autre femme.

Les femmes aussi agressives mais moins violentes dans le couple

Les auteurs se sont ensuite penchés sur un autre type d’agressivité, celle existant au sein du couple hétérosexuel. Les résultats bousculent les idées reçues. Car les femmes seraient aussi souvent à l’origine d’agressions dans le couple que les hommes, voire plus souvent. En revanche, cette agressivité aurait moins souvent des conséquences physiques ou psychologiques. Les travaux soulignent le fait que la violence dans le couple est un phénomène complexe, conséquence de facteurs de risque et motivationnels multiples, mais rien n’indique que ces facteurs diffèrent entre les hommes et les femmes. Rien ne permet non plus jusqu’à présent de dénouer le vrai du faux de certaines affirmations, comme par exemple le fait que les hommes sont violents pour exercer un contrôle sur la femme, alors que les femmes ne seraient que dans l’auto-défense.

Quant aux agressions sexuelles commises par les femmes, elles sont minoritaires. Une méta-analyse de travaux réalisés dans 12 pays montrait récemment que 2,2 % des agressions sexuelles étaient commises par des femmes, le plus souvent sur des hommes.

Des facteurs de risque mal connus

S’il existe peu d’études sur le sujet, les auteurs ont toutefois repéré quelques facteurs de risque spécifiques qui semblent favoriser les tendances féminines à l’agressivité. Il s’agit de la dépression maternelle post-natale, de la malnutrition prénatale maternelle ou de l’exposition aux drogues ou à l’alcool in utero. Les expérimentations explorant la corrélation entre une asymétrie frontale et l’agressivité en neuroimagerie ne sont pas, pour le moment, en mesure de révéler une différence entre les sexes.

En revanche, les études traitant du lien entre l’agressivité et les hormones permettent des conclusions plus claires. Contrairement à ce qui a été quelquefois avancé, le lien entre testostérone et agressivité, s’il est significatif, est faible et l’hypothèse selon laquelle ce lien serait modéré par le cortisol ne semble pas vérifiée chez la femme. Les données suggèrent en revanche que des taux élevés d’œstradiol et de progestérone réduisent l’agressivité et le risque d’auto-agression. Quant au rôle de l’ocytocine, les résultats obtenus sont contradictoires et ont conduit à l’hypothèse d’une médiation de la prégnance sociale sur le lien entre ocytocine et agression, qui expliquerait que l’ocytocine peut à la fois augmenter ou réduire l’agressivité de la femme.

Finalement, l’agressivité chez la femme pourrait être liée à une combinaison de l’effet anxiolytique des hormones et d’une augmentation de la réactivité à la provocation.
Cette étude souligne surtout le fait que l’agressivité de la femme a longtemps été délaissée dans les travaux, au profit de celle de l’homme. Les préjugés sur le sujet ne sont sans doute pas étrangers à cette omission. Les futurs travaux, qu’implique l’exigence de parité, permettront de dénouer le vrai du faux des idées reçues.

Dr Roseline Péluchon

Denson T.F. et coll. : Aggression in Women: Behavior, Brain and Hormones. Front. Behav. Neurosci. 2018; 12:81.

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3/9/2018
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