Polyarthrite rhumatoïde et risque de BPCO et d'Asthme

Maladies Respiratoires
-

Partager l'article :

  Le poumon joue un rôle important dans la polyarthrite rhumatoïde (PR) tant sur le plan pathogénique que pronostique. L’inflammation chronique de la muqueuse bronchique pourrait constituer l’un des facteurs capables d’altérer précocement la tolérance immunitaire et de favoriser ainsi la production des auto-anticorps, probablement des années avant le début clinique de la maladie. La susceptibilité génétique et les facteurs environnementaux, tels le tabagisme renforceraient le rôle de l’inflammation tout en aggravant celle-ci au point de favoriser l’installation d’une atteinte interstitielle pulmonaire chronique qui est d’ailleurs considérée comme l’une des manifestations extra-articulaires de la PR. La morbi-mortalité imputable aux pathologies respiratoires est effectivement élevée au cours de ce rhumatisme inflammatoire chronique, notamment en cas de séropositivité. Des études rétrospectives récentes, souvent de type cas-témoins, plaident en faveur d’associations significatives entre la PR et d’autres affections respiratoires, qu’il s’agisse de la bronchopneumopathie obstructive (BPCO) ou de l’asthme. Cependant, les facteurs de confusion, tels que le tabagisme chronique, ne sont pas toujours pris en compte, tandis qu’asthme et BPCO ne sont pas en général considérées séparément. Le rôle du phénotype sérologique est volontiers négligé. Autant de limites en grande partie méthodologiques qui justifient pleinement le recours aux études de cohorte prospectives pour s’affranchir de tous les biais potentiels évoqués.

Les ressources de la Nurses' Health Study

C’est là qu’intervient la Nurses' Health Study dans laquelle ont été incluses, entre 1976 et 2014, très exactement 121 701 infirmières. Au sein de cette cohorte suivie de manière prospective, ont été identifiés 843 cas de PR qui ont été comparés à 8 399 sujets témoins, appariés selon l’âge et l’année au cours de laquelle la maladie a été diagnostiquée. Ont été exclues les participantes atteintes, à l’état basal, d’une BPCO ou d’un asthme. Les données pertinentes ont été recueillies via des questionnaires remplis tous les deux ans, mais aussi des observations médicales, si nécessaire. L’analyse statistique a reposé sur des modèles marginaux structurels pour déterminer l’effet de la PR sur le risque de BPCO ou d’asthme, indépendamment des autres facteurs de causalité et des facteurs de confusion. Le rôle des médiateurs liés au temps, par exemple le tabagisme, a été pris en compte au travers d’une pondération inverse de leur probabilité. L’âge moyen des participantes des deux groupes a été estimé à 59,8 ans, cependant que la durée moyenne du suivi par rapport au moment du diagnostic a été en moyenne de 18,6±9,0 ans en cas de PR versus 18,8±9,5 dans l’autre groupe. Au total, 68 cas de BPCO (8,1 %) et 40 cas d’asthme (4,7 %) ont été identifiés chez les femmes atteintes d’une PR versus, respectivement, 459 (5,5 %) et 268 (3,2 %) dans le groupe témoin. La PR a ainsi été associée à un risque élevé de BPCO, le hazard ratio (HR) étant en effet estimé à 1,52 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,17-1,97), cela après ajustement en fonction de l’âge et de l’année du diagnostic. Il a en été de même pour l’asthme, le HR correspondant étant de 1,55 (IC : 1,12-2,16). Des ajustements plus poussés dans le cadre des modèles précédemment évoqués, avec notamment ajustement en fonction du tabagisme, ont modifié ces résultats. L’association entre PR et BPCO est restée significative, le HR passant à 1,68 (IC : 1,36-2,07), alors que celle avec l’asthme a perdu sa signification statistique, le HR chutant à 1,11 (IC : 0,59-2,09). Le phénotype sérologique n’a pas eu d’effet : ainsi, en cas de séropositivité, le HR a été estimé à 1,60 (IC : 1,17-2,19) versus 1,62 (IC : 1,09-2,40) en cas de séronégativité, toujours en comparaison avec le groupe témoin. Cette étude de cohorte prospective plaide en faveur d’une association significative entre PR et risque de BPCO, indépendamment d’un maximum de facteurs de confusion potentiels, incluant notamment le tabagisme chronique. Dr Philippe Tellier Sparks JA et coll. Rheumatoid arthritis and risk of chronic obstructive pulmonary disease or asthma among women: A marginal structural model analysis in the Nurses' Health Study. Semin Arthritis Rheum 2018 ; 47 : 639-648.