Patients déments en fin de vie : antibiothérapie et procédures lourdes plus fréquentes chez les femmes

Patients déments en fin de vie : antibiothérapie et procédures lourdes plus fréquentes chez les femmes

La plupart des patients atteints d’une démence évoluée finissent leurs jours dans des lieux de long séjour. À ce stade, la durée médiane de la survie est estimée à 1,3 année, mais, en dépit de ce fait, le recours à des interventions lourdes et onéreuses reste fréquent. Pourtant, ces dernières pourraient, dans ce contexte, être évitées (pose de sonde gastrique, de perfusion, etc.). Il en est de même pour l’antibiothérapie, a fortiori si elle est administrée par voie intraveineuse ou intramusculaire.

Or il semble que ces « abus » soient largement influencés par le genre du patient, comme le suggèrent les résultats d’une étude de cohorte canadienne qui a reposé sur l’exploitation de vastes bases de données administratives constituées dans les lieux de long séjour de l’Ontario. La Continuing Care Resident Reporting System Long-Term Care Database a fourni l’essentiel des informations sur 27 243 patients résidant dans de tels lieux, tous atteints d’une démence évoluée ayant abouti à leur décès entre le 1er juin 2010 et le 31 mars 2015, à l’âge de 66 ans ou plus.

Les analyses statistiques ont permis de rechercher une association entre le sexe des participants et le recours : (1) à des interventions qualifiées de lourdes (transferts de soins, procédures invasives et contraintes physiques) ; (2) à l’antibiothérapie. La période ciblée par ces analyses correspondait aux trente derniers jours de la vie des intéressés. L’âge médian du décès des 27 243 résidents (dont 71,1 % de femmes) était de 88 ans.

Des disparités liées au genre plus qu’au sexe

Au cours des trente jours qui ont précédé le décès, le recours à des interventions qualifiées de lourdes et à une antibiothérapie est apparu être une pratique courante. Ainsi, 21,8 % des résidents ont été hospitalisés, mais cette éventualité a été plus fréquente chez les hommes, pour 28,9 % d’entre eux versus 18,9 % des femmes (p<0,001). Pour ce qui est des passages aux urgences, les chiffres correspondant étaient, respectivement de 10,8 % et de 8,2 % (p<0,001), et de 18,1 % et 11,8 % (p<0,001) pour ce qui est des décès dans les unités de soins intensifs.

Il en a été de même pour l’emploi de procédures invasives qui ont concerné 9,8 % des résidents : (1) soins lourds entrepris en raison d’un état critique : 12,7 % chez les hommes versus 8,6 % chez les femmes (p<0,001) ; (2) ventilation mécanique assistée : 1,2 % versus 0,6 % (p<0,001). Les contraintes physiques ont aussi été utilisées un peu plus dans le sexe masculin, soit 30,4 % versus 28,3 % (p=0,005) et idem pour l’antibiothérapie (41,4 % versus 34,1 % ; p<0,001).
Les analyses multivariées, qui ont porté sur 9 844 sujets (36,1 %), ont permis d’affiner les résultats. Il a été confirmé que les transferts de soins ont été plus fréquents chez les hommes que chez les femmes, l’odds ratio ajusté (ORa) étant de 1,41 (intervalle de confiance à 95% [IC95%] : 1,33-1,49 ; p <0,001) ainsi qu’une antibiothérapie (ORa=1,33 ; IC95% : 1,26-1,41 ; p<0,001).

Seuls 3 309 résidents (12,1 %) ont consulté un médecin spécialiste des soins palliatifs dans l’année qui a précédé leur décès : dans ce cas de figure, les transferts de soins ont été moins fréquents (ORa=0,48 ; IC95% : 0,43-0,54 ; p<0,001) et l’antibiothérapie moins utilisée (ORa=0,74 ; IC95% : 0,68-0,81 ; p <0,001) dans les trente derniers jours de la vie, ceci dans les deux sexes.

Au total, les procédures dites lourdes et l’antibiothérapie apparaissent trop souvent employées au stade terminal des démences alors qu’elles n’ont souvent pas fait la preuve d’une efficacité. Cette tendance est plus accentuée chez les patients de sexe masculin. Pour les auteurs, il s’agirait d’une différence liée au genre davantage qu’au sexe. Il a en effet déjà été rapporté que les hommes déments étaient plus facilement pris en charge par les professionnels de santé et que ces derniers sont moins susceptibles de délivrer des soins invasifs aux femmes. À ces biais, s’ajoute le fait que les femmes ont moins peur de la mort et refusent souvent les procédures lourdes. Elles incitent aussi, plus que les hommes, les soignants à prendre en charge leur conjoint. Quoi qu’il en soit, le recours aux conseils des praticiens formés aux soins palliatifs peut se révéler précieux pour guider la prise en charge des pensionnaires des lieux de long séjour.


Dr Philippe Tellier

Stall NM et coll. Sex-specific differences in end-of-life burdensome interventions and antibiotic therapy in nursing home residents with advanced dementia. JAMA Net Open. 2019 (2 août) : Publication avancée en ligne le 2 août.:e199557. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2019.9557.

Partager l'article :