Mode de vie, reproduction et santé : quels changements pour les femmes ?

Spécialités :
Gynéco-Obstétrique-Fertilité
Mots clefs :
-

L’impact du mode de vie sur la santé n’est plus à démontrer. Les facteurs touchant à la reproduction exercent sans doute, eux aussi, une influence sur la santé des femmes. C’est le cas notamment de l’utilisation des contraceptifs oraux, des traitements hormonaux substitutifs, de la parité et de l’allaitement. Ainsi, au cours du 20e siècle, il a été constaté, aux Etats-Unis, un allongement de la période de reproduction des femmes, passant de 36,1 ans pour celles nées entre 1915 et 1919 à 37,7 ans pour celles nées entre 1935 et 1939, du fait de l’apparition des règles à un âge plus précoce et d’une ménopause plus tardive. L’utilisation des contraceptifs oraux aux Etats-Unis et en Europe s’est accompagnée d’un déclin du nombre de ligatures des trompes. Plus récemment, a été rapporté une réduction du taux d’hystérectomies en Italie. Il ne s’agit là que de quelques exemples des changements de mode de vie et des éléments touchant à la reproduction, et qui peuvent avoir des conséquences sur la santé des femmes.

Une étude réalisée au Royaume-Uni explore les changements survenus au cours du 20e siècle. Il s’agit d’une étude prospective concernant plus de 200 000 femmes ménopausées, âgées de 50 à 74 ans. Les auteurs les ont regroupées selon leur année de naissance, en 6 cohortes : 1925–1929, 1930–1934, 1935–1939, 1940–1944, 1945–1949 et 1950–1955.

Plus de 200 000 femmes passées au crible

Le premier constat est un abaissement de l’âge des premières règles, qui passe de 13,4 ans pour les femmes nées entre 1925 et 1929 à 12,8 ans pour celles de la cohorte la plus récente. En revanche, l’âge de la ménopause « naturelle » (sans traitement hormonal substitutif) ne subit pas une modification aussi linéaire, puisque, de 49,5 ans pour les plus âgées, il passe à 50,7 ans pour les femmes nées entre 1940 et 1944, pour redescendre à 48,7 ans pour les femmes les plus jeunes.

Ce sont les femmes nées entre 1950 et 1955 qui rapportent l’utilisation la plus fréquente de la contraception orale (85,3 %), avec aussi la durée d’utilisation la plus longue, de 7,9 ans en moyenne. Dans le même temps, et somme toute assez logiquement, la taille des familles diminue, et le nombre de femmes ayant mené à bien 4 grossesses ou plus n’est plus que de 7,5 % chez les plus jeunes, comparé à 16,6 % chez les plus âgées, alors que les familles de 1 ou 2 enfants passent de 47 % à 58,2 % dans la période considérée.

La ligature des trompes connaît un pic de popularité auprès des femmes nées entre 1940 et 1944 (24,6 %), au moment où la procédure devient plus accessible et plus simple, mais cet engouement ne se maintient pas dans les cohortes suivantes.

Le nombre de femmes ayant eu recours à un traitement d’infertilité est, quant à lui, multiplié par 5,5, passant de 1,1 % des femmes nées entre 1925 et 1929 à 6,1 % parmi celles de la cohorte de 1950-55. Cela ne s’accompagne pas d’une modification de la proportion des nullipares. Les auteurs l’expliquent par le fait d’un taux d’échec largement supérieur des méthodes avant la mise au point de la congélation et du transfert d’embryon. Le taux d’hystérectomies reste stable à travers toutes les cohortes.

Pour les auteurs de cette étude, ces changements de modes de vie en rapport avec la reproduction ont modifié aussi l’exposition des femmes aux hormones sexuelles et pourraient expliquer en partie les changements dans l’incidence des cancers du sein, de l’endomètre et des ovaires, mais aussi de l’ostéoporose, des maladies cardio-vasculaires et neuro-dégénératives.

Dr Roseline Péluchon

Gentry-Maharaj A. et coll. Changing trends in reproductive/ lifestyle factors in UK women : descriptive study within the UK Collaborative Trial of Ovarian Cancer Screening (UKCTOCS). BMJ Open 2017 ; 7 : e011822.