Ménopause précoce : un risque de maladie cardiovasculaire accru

Ménopause précoce : un risque de maladie cardiovasculaire accru

Selon plusieurs études épidémiologiques, une ménopause précoce serait associée à une augmentation de la mortalité imputable à la maladie cardiovasculaire (MCV). Cependant, la situation est moins claire qu’il n’y peut paraître en première analyse. Ainsi, les relations hypothétiques suggérées ou envisagées ne tiennent guère compte de variables aussi importantes que l’incidence de la MCV post-ménopausique et le moment précis où elle survient par rapport à l’âge lors de la ménopause naturelle.
Les questions sont donc plus nombreuses que les certitudes. Une étude publiée dans le Lancet Public Health a apporté des éléments de réponse.
Son principe a été simple, puisqu’elle a consisté à harmoniser et à «pooler» les données individuelles recueillies dans le cadre de 15 études d’observation réalisées dans cinq pays ou régions, ceci entre 1946 et 2013 : Australie, Scandinavie, Etats-Unis, Japon et Royaume-Uni. Ont été incluses les femmes qui ont fait état : (1) de leur statut vis-à-vis de la ménopause ; (2) de leur âge lors de cette dernière dès lors qu’elle était physiologique ; (3) de l’existence ou non d’une maladie cardiovasculaire (MCV) incluant maladie coronarienne et accidents vasculaires cérébraux (AVC). Ont été exclues les femmes qui avaient subi une hystérectomie ou une ovariectomie ainsi que celles n’ayant pas mentionné l’âge auquel leur ménopause était survenue.
Le critère de jugement principal a été défini comme la survenue d’un événement cardiovasculaire majeur (ECVM) non létal et inaugural, soit la combinaison d’une maladie coronarienne (incluant angor et crises cardiaques au sens habituel du terme) et des AVC, qu’ils soient ischémiques ou hémorragiques. Les ajustements statistiques pris en compte dans l’analyse multivariée ont concerné les variables suivantes : tabagisme chronique, traitement hormonal substitutif, indice de masse corporelle et niveau socio-éducatif. Plusieurs catégories ont par ailleurs été constituées : (1) préménopause ou périménopause ; (2) ménopause prématurée (< 40 ans) ; (3) précoce (40-44 ans) ; (4) relativement précoce (45-49 ans) ; (5) âge de référence  (50-51 ans) ; (5) relativement tardive (52-54 ans) ; (6) tardive (> 55 ans).

Plus de 300 000 participantes

L’analyse a porté sur un effectif total de 301 438 femmes, parmi lesquelles 12 962 (4,3 %) ont été confrontées à un ECVM inaugural et non fatal après la ménopause, à type de maladie coronarienne (n=9 369 ; 3,1 %) ou d’AVC (n=4 338 ; 1,4 %). Comparativement à la catégorie de référence (50-51 ans), le risque de MCV était plus élevé dans les catégories suivantes : (1) ménopause prématurée (< 40 ans) : HR=1,55 (IC95% : 1,38-1,73 ; p<0,0001) ; (2) précoce (40-44 ans) : HR= 1,30 (IC95% : 1,22-1,39 ; p<0,0001) ; (3) relativement précoce (45-49 ans) : HR=1,12 (IC95% : 1,07-1,18 ; p<0,0001). C’est la tendance inverse qui a été observée en cas de ménopause après l’âge de 51 ans (p<0,0001).
Ces associations persistaient chez les participantes non fumeuses, et étaient particulièrement fortes avant l’âge de 60 en cas de ménopause prématurée (HR=1,88, [IC95% : 1,62-2,20 ; p<0,0001]) ou précoce (HR=1,40, [IC95% : 1,27-1,54 ; p<0,0001]). Elles se sont en revanche atténuées entre 60 et 69 ans pour perdre ensuite toute signification statistique au-delà de l’âge de 70 ans.
Cette étude est la première à porter sur un effectif aussi considérable, constitué à partir de 15 études d’observation réunissant plus de 300 000 participantes. Elle est aussi l’une des rares à quantifier aussi précisément et de manière prospective le risque cardiovasculaire en fonction de l’âge auquel est survenue la ménopause. Les formes prématurées ou précoces seraient celles qui augmenteraient le plus le risque au point de constituer un facteur de risque à part entière et d’entrer en ligne de compte dans la stratification de ce dernier.

Dr Philippe Tellier

Zhu D et coll. Age at natural menopause and risk of incident cardiovascular disease: a pooled analysis of individual patient data. Lancet Public Health. 2019. Publication avancée en ligne le 3 octobre. doi: 10.1016/S2468-2667(19)30155-0.

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