Mélasma, sur la trace des ancêtres

Dermatologie
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L’étiologie du mélasma, hypermélanose essentiellement localisée au visage et touchant les femmes en période génitale, reste imprécise même si beaucoup de facteurs initiateurs ou aggravants sont identifiés, tels que l’exposition au soleil, la contraception hormonale, l’hormonothérapie substitutive de la ménopause, la grossesse, etc. De plus, la prévalence élevée dans certaines familles (40 à 60 %) suggère une composante génétique.

C’est sur ce dernier aspect du problème que s’est penchée une équipe brésilienne. La population brésilienne est en effet le résultat du mélange de trois groupes ancestraux, colons européens, africains et Indiens d’Amérique (ou natifs Américains), commencé il y a plus de 500 ans. L’hypothèse des auteurs était que la prévalence du mélasma varie en fonction de l’origine ancestrale.

Pour le vérifier, ils ont entrepris une étude qui a inclus 119 femmes de plus de 18 ans, traitées pour mélasma à l’hôpital universitaire de Botucatu entre novembre 2013 et mai 2014, et 119 témoins appariées par groupe d’âge. Les sujets de phototypes « extrême » (I et VI) ont été exclus. L’âge moyen lors de l’apparition du mélasma était de 27±8 ans. L’hyperpigmentation touchait majoritairement la zone centrofaciale. La grossesse (40 % des cas), l’exposition solaire (37 %) et la contraception orale (22 %) étaient les principaux facteurs déclenchants.

Toutes les participantes ont été soumises à un prélèvement pour analyse d’ADN au niveau de la muqueuse buccale. Ces échantillons d’ADN ont été amplifiés et génotypés à la recherche de 61 insertions/délétions, marqueurs d’appartenance ancestrale (Ancestral Informative Markers) pour la population brésilienne.

Toutes les femmes avaient des origines très mélangées. Cependant, la prévalence des marqueurs génétiques « européens » et africains différait dans les groupes des cas et des témoins (77 % vs 82 % et 10 % vs 6 %, respectivement). Au total, l’existence d’ancêtres africains (Odds Ratio [OR]=1,04 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,01 à 1,07), des antécédents familiaux de mélasma à la première génération (OR=3,04 ; IC95 de 1,56 à 5,94), un faible niveau d’éducation (OR=4,04 ; IC95 de 1,56 à 5,94) sont apparus associés au mélasma, indépendamment des facteurs de risque connus. Il avait déjà été noté que certains polymorphismes génétiques et des variations dans l’expression de gènes liée à la pigmentation cutanée étaient associés avec l’origine des populations. Cette étude suggère ainsi l’implication de l’hérédité « génétique » dans la survenue du mélasma.

Dr Marie-Line Barbet

D’Elia MP et coll. African ancestry is associated with facial melasma in women : a cross-sectional study. BMC Med Genet. 2017 Feb 17 ; 18 (1): 17. doi: 10.1186/s12881-017-0378-7.