Mélanome : les lois du genre

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Le mélanome représente la principale cause de décès par cancer de la peau. Son incidence n’a cessé de croître depuis les années 1930 et l’exposition solaire est considérée comme le principal responsable de ce phénomène. Cependant, certaines données épidémiologiques illustrant des variations en fonction du genre, des localisations des tumeurs et des ethnies suggèrent l’implication possible d’autres mécanismes. C’est pour les explorer qu’on été revues rétrospectivement les données de la base SEER (surveillance epidemiology and end results) aux États-Unis.

Dans cette étude, ont été comparées les différences d’incidence en fonction du sexe dans des populations blanches et non blanches. Pour les Blancs, il est confirmé que les mélanomes de la tête et du cou sont plus fréquents chez les hommes, tandis que ceux des hanches et des membres inférieurs sont plus souvent observés chez les femmes. Ceci est également noté dans les populations non blanches. Les différences concernant l’âge d’apparition dans les différences localisations et en fonction du sexe sont constatées dans les deux types de population, les femmes ayant des taux d’incidence plus élevés au jeune âge et les hommes à un âge plus tardif. Les différences en fonction du sexe sont moins criantes dans la population non blanche. Depuis 43 ans, l’incidence du mélanome a augmenté plus vite chez les Blancs que chez les non Blancs, ces derniers étant tout de même concernés par cette hausse. Toutes les localisations, les deux sexes et toutes les ethnies subissent cette progression, mais c’est sur les épaules et les membres supérieurs que « l’inflation » de l’incidence est la plus notable.  

Le soleil, mais pas seulement

Or l’augmentation de l’exposition aux UV due à la déplétion de la couche d’ozone n’explique pas tout. Le cancer est souvent le résultat de l’interaction entre environnement et génétique même si l’exposition solaire est sans doute le plus important facteur de risque. Ainsi, le taux d’incidence est universellement plus élevé chez les jeunes femmes pour toutes les localisations et dans toutes les ethnies. Le rapport s’inverse vers 40 à 50 ans, les hommes ayant, eux, des taux d’incidence plus importants au-delà de cet âge. Il est probable que les mélanomes diagnostiqués au jeune âge relèvent plutôt de facteurs génétiques, et ne sont pas seulement liés au comportement imprudent face au soleil. Il a été rapporté que le taux d’incidence était associé à la situation géographique uniquement chez les hommes. Chez les Noirs, qui sont protégés du soleil, les mélanomes surviennent plus tôt dans les deux sexes. L’âge d’apparition des mélanomes du tronc (peu exposé) est plus jeune que celui auquel se développent les mélanomes de la tête et du cou. Mais si l’incidence élevée chez les femmes blanches peut être attribuée à l’exposition solaire et à la façon de se vêtir, comment expliquer que les femmes non blanches aient aussi un taux plus élevé de mélanomes dans cette localisation alors qu’elles sont relativement protégées par la pigmentation de leur peau ?  
Ces constatations suggèrent donc, globalement, que les mélanomes au jeune âge sont davantage attribuables à des facteurs génétiques et physiopathologiques qu’au soleil. D’autres études seront sans doute nécessaires pour élucider plus avant le rôle et la nature de ces facteurs.
Dr Marie-Line Barbet

Tze An Yuan et coll. : Race-, age-, and anatomic site-specific gender differences in cutaneous melanoma suggest differential mechanisms of early- and late-onset melanoma. Int J Environ Res Public Health 2019 Mar 13 ;16 (6). pii: E908. doi: 10.3390/ijerph16060908.

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