« Maman, arrête le fat talk, je mange en pleine conscience ! »

« Maman, arrête le fat talk, je mange en pleine conscience ! »

Vous connaissez certainement le fat talk. Si vous ne le pratiquez pas vous-mêmes, vous en avez été le témoin. Il s’agit de ces petites phrases auto-dépréciatrices au sujet de sa propre apparence corporelle, prononcées en public (« je suis vraiment trop grosse dans ce jean », « cette tenue fait ressortir mes bourrelets », etc.), le plus souvent par des femmes (mais parfois par des hommes). Le phénomène existe aussi en famille et est soupçonné d’induire des troubles de l’image corporelle chez les enfants, voire de troubles du comportement alimentaire. Cela serait particulièrement vrai en ce qui concerne les jeunes filles. Il a été avancé que l’exposition au fat talk renforcerait leur idée de l’idéale minceur et pourrait les convaincre qu’elles sont jugées prioritairement sur leur apparence. Mais ce n’est pas tout. Certains avancent l’hypothèse que cet impact du fat talk se ferait en perturbant la façon de manger, empêchant les adolescentes de manger « en pleine conscience », c’est-à-dire de ressentir les messages émis par leur corps au moment des repas. L’image négative du corps transmise par le fat talk ne leur permettrait pas d’être à l’écoute des fonctions positives, comme de goûter les saveurs des aliments ou d’apprécier les sensations de faim ou de satiété. Une étude états-unienne a été menée récemment, incluant 333 étudiantes âgées d’une vingtaine d’années, à qui étaient présentés des questionnaires évaluant leur façon de manger, leur exposition au fat talk familial, leur jugement sur leur corps et ses fonctionnalités.

Réhabiliter l’écoute des messages corporels

Il apparaît que plus les jeunes filles entendent des membres de leur famille se plaindre de leur apparence (fat talk), plus leur propre image corporelle est négative, notamment pour les items évaluant l’image des fonctionnalités corporelles. Et surtout, plus elles sont exposées au fat talk familial, moins elles sont capables de manger en pleine conscience. En revanche, les jeunes filles qui peuvent manger en pleine conscience ont une image plus positive de leur corps et de ses fonctions. Les auteurs estiment que ce travail vient renforcer les soupçons existant sur le lien entre l’alimentation en pleine conscience et les troubles alimentaires de l’adolescente. Pour eux, il ne faut pas uniquement se focaliser sur l’impact du fat talk sur l’image corporelle que se construisent les adolescentes, mais de prendre aussi en compte son influence sur l’image qu’elles se font des fonctionnalités de leur corps. Réhabiliter l’écoute des messages corporels (faim, satiété notamment) en favorisant une alimentation en pleine conscience pourrait être une façon de contrer les messages négatifs transmis par le fat talk. Dr Roseline Péluchon Webb J.B. et coll.  “Mom, quit fat talking—I'm trying to eat (mindfully) here!”: Evaluating a sociocultural model of family fat talk, positive body image, and mindful eating in college women. Appetite 2018 ; 26 : 169-175.

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29/5/2018
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