L’obésité nuit à l’approvisionnement vasculaire fœtal

L’obésité est associée à des complications lors de la grossesse et de l’accouchement, constituant un facteur de risque à la fois pour la mère et pour l’enfant. Il n’existe toutefois pas un profil métabolique unique pour toutes les patientes obèses, plusieurs phénotypes ayant été identifiés. Des sujets dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 30 peuvent en effet avoir un profil métabolique normal et les données concernant le risque de mortalité de ces derniers sont encore contradictoires. Il existe encore moins de certitudes concernant l’impact des différents phénotypes sur l’issue des grossesses.

C’est ce qui fait tout l’intérêt d’une étude israélienne publiée récemment. Au total, 332 femmes enceintes ont été incluses et divisées en 3 groupes : le groupe 1, constitué par 163 femmes non obèses et sans trouble métabolique, le groupe 2 par 106 femmes obèses et sans trouble métabolique et, enfin, le groupe 3 par 63 femmes obèses avec anomalies métaboliques. Les placentas de ces patientes ont été ensuite analysés. Il apparaît que les anomalies de la circulation vasculaire fœtale sont plus nombreuses chez les femmes obèses, avec ou sans trouble métabolique, que chez les femmes non obèses (22 %, 20 % et 9 % respectivement). Les anomalies de l’approvisionnement maternel du placenta sont elles aussi significativement différentes entre les groupes et augmentent de façon continue du groupe 1 au groupe 3 (31 %, 38 % et 54 %). Enfin, des défauts de maturation villositaire étaient présents chez 15 % des patientes du groupe 1, 28 % du groupe 2 et 24 % du groupe 3. L’analyse multivariée, qui élimine les biais pouvant influencer les résultats, nuance un peu ces résultats et, si elle fait émerger l’obésité comme facteur prédictif significatif des anomalies de la circulation vasculaire fœtale (OR=1,54 ; IC95 % : 1,193-1,992) et des défauts de la maturation villositaire (OR=2,004 ; IC95% : 1,173 à 3,422), ce n’est pas le cas pour les anomalies de l’approvisionnement vasculaire maternel. Ces données confirment bien entendu l’intérêt pour les professionnels d’insister pour que les femmes obèses souhaitant une grossesse reviennent à un poids normal avant d’être enceintes. Les auteurs plaident ainsi pour des interventions publiques dédiées à la prévention et au traitement de l’obésité maternelle, afin d’améliorer le pronostic obstétrical et périnatal de ces patientes. Le mécanisme précis de ces modifications vasculaires et l’impact de la réduction pondérale maternelle sur la circulation placentaire et l’issue des grossesses chez les femmes sans trouble métabolique restent toutefois à préciser.

Dr Roseline Péluchon

Bar J. et coll. Placental maternal and fetal vascular circulation in healthy non-obese and metabolically healthy obese pregnant women. Atherosclerosis 2017 ; 260 : 63-66.