L’incontinence urinaire coïtale : voyage en terre inconnue

L’incontinence urinaire coïtale concernerait entre 10 et 66 % des femmes atteintes d’incontinence urinaire. Si l’impact réel des fuites urinaires est encore assez mal connu, il est fort probable qu’il ne soit pas négligeable

Selon certains travaux, l’incontinence urinaire coïtale concernerait entre 10 et 66 % des femmes atteintes d’incontinence urinaire. La physiopathologie de ce trouble n’est pas complètement élucidée, mais l’hypothèse la plus souvent avancée actuellement est celle d’une insuffisance urétrale. Ceci va à l’encontre de ce qui était admis jusqu’à présent, à savoir que l’incontinence pendant la pénétration correspond à une incontinence urinaire d’effort, alors que quand les fuites surviennent au moment de l’orgasme, l’incontinence correspond à une hyperactivité du détrusor. Si l’impact réel des fuites urinaires est encore assez mal connu, il est fort probable qu’il ne soit pas négligeable.
Les résultats d’une étude internationale ont été récemment publiés, concernant plus de 1 000 patientes sexuellement actives consultant pour une incontinence urinaire pendant les activités quotidiennes. Force est de constater que l’incontinence coïtale est fréquente, puisque plus de la moitié des femmes interrogées la signalent (53,8 %) : 8 % au moment de la pénétration, 35 % pendant le rapport, 9 % au moment de l’orgasme et 48 % à plusieurs moments. L’on constate une plus forte prévalence de l’incontinence urinaire d’effort chez les patientes qui signalent des fuites au moment de la pénétration et de l’incontinence urinaire mixte (avec prédominance de l’incontinence d’effort) pour celles dont les fuites surviennent pendant le rapport. En revanche, les femmes présentant des fuites pendant l’orgasme ont plutôt une incontinence de type urgenturie.

Des conséquences négatives sur la vie sexuelle

Certains facteurs de risque ont été identifiés, comme des antécédents d’hystérectomie, un échec de la chirurgie de l’incontinence, un indice de masse corporelle > 25 kg/m2. Il apparaît aussi que l’importance de l’incontinence coïtale est corrélée à celle de l’incontinence urinaire. Et d’ailleurs, l’impact de l’incontinence urinaire sur les activités quotidiennes est supérieur pour les patientes avec incontinence coïtale (70 % versus 25 %).
Les résultats confirment enfin l’impact négatif de l’incontinence coïtale sur la qualité de l’activité sexuelle. Celle-ci est « vraiment très » affectée ou « très » affectée chez, respectivement, 24,8 % et 42,3 % des patientes, particulièrement pour celles dont l’incontinence se manifeste au moment du rapport. La fréquence des rapports se trouve aussi diminuée, « vraiment très » diminuée pour 19,6 % des patientes et « très » diminuée pour 38,2 % d’entre elles.
Ces données confirment que la fréquence et l’impact de l’incontinence urinaire coïtale justifient à eux seuls son dépistage systématique chez toutes les femmes consultant pour une incontinence urinaire, quel qu’en soit le type.

Dr Roseline Péluchon

Illiano E. et coll.  Coital incontinence in women with urinary Incontinence: An international study. J Sex Med 2018 ; 15 : 1456-1462 .

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15/4/2019
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