L’exposition in utero à la dioxine pourrait perturber le métabolisme glucidique des filles

L’exposition in utero à la dioxine pourrait perturber le métabolisme glucidique des filles

L’exposition in utero à des perturbateurs endocriniens aurait-elle un impact sur le risque de diabète ? Les « enfants de Seveso » sont le sujet de la première étude épidémiologique sur le sujet.

Il apparaît de plus en plus évident que la génétique, les facteurs diététiques et la sédentarité ne sont pas les seuls facteurs de risque de diabète. De nombreux travaux pointent aussi l’impact de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, et notamment de l’exposition in utero.

Parmi ces perturbateurs endocriniens présents dans l’environnement, se trouvent les dioxines. Sous-produits des processus industriels thermiques ou chimiques, elles proviennent aussi parfois de l’activité des particuliers (combustion du bois, feux de jardins). Insolubles dans l’eau, les dioxines s’accumulent dans les tissus graisseux tout au long de la chaîne alimentaire. On les retrouve donc principalement dans les aliments riches en graisses : œufs et produits laitiers, poissons et fruits de mer, viandes. Plus de 90 % de l’exposition humaine vient de l’alimentation. Le passage transplacentaire est établi, exposant le fœtus pendant la grossesse.  

In vitro et dans l’expérimentation animale, l’exposition aux dioxines a été associée à des perturbations de la sécrétion d’insuline et du métabolisme du glucose. Les études épidémiologiques sur ce sujet, chez l’homme, sont en revanche peu robustes. C’est ce qui fait l’intérêt d’une étude réalisée sur la « cohorte Seveso de 2ème génération ». Cette cohorte est composée d’enfants nés de mères exposées à la dioxine lors de l’explosion d’une usine chimique à Seveso en Italie, en  1976.

Au total 426 de ces « enfants », âgés de 28,6 ans en moyenne au moment de l’étude, ont été inclus (222 femmes et 204 hommes). Leur taux d’insuline et la glycémie étaient mesurés, l’insulino-résistance calculée selon le modèle HOMA2-IR et la fonction des cellules bêta selon HOMA2-B. L’exposition à la dioxine était définie par les taux sériques de dioxine chez les mères en 1976, après l’explosion, et par les taux, extrapolés, au moment de la grossesse.

Cette première étude épidémiologique sur ce sujet confirme que l’exposition in utero à la dioxine est en effet associée à une baisse du taux d’insuline, de l’indice HOMA2-IR et de l’indice HOMA2-B. Il n’existe en revanche aucune relation entre le taux de glycémie à jeun et l’exposition in utero à la dioxine. Les données semblent toutefois indiquer que ce lien entre les marqueurs du métabolisme glucidique et l’exposition à la dioxine in utero serait indirect et médié par l’indice de masse corporelle, lui-même connu pour être associé à l’exposition in utero à la dioxine chez les femmes.

Dr Roseline Péluchon

Warner M. et coll. : Prenatal dioxin exposure and glucose metabolism in the Seveso Second Generation study. Environment International 134 (2020) 105286

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