Les traumatismes crâniens chez les femmes–soldats américaines : femmes au foyer ou femmes au feu ?

Les traumatismes crâniens chez les femmes–soldats américaines : femmes au foyer ou femmes au feu ?

Aux Etats-Unis, les lésions traumatiques cérébrales (LTC), quelle que soit leur origine, y compris sportives, frappent 1,4 million de personnes et coûtent environ 60 milliards de dollars chaque année.

Avec les guerres d’Iraq et d’Afghanistan, un nombre inédit d’Américaines a été activement engagé dans les combats - ce que le Pentagone autorise depuis 2013 - avec pour corollaire le doublement de celles qui ont eu recours aux services du Department of Veterans Affairs (DVA) depuis 2001. Les Américaines représentent actuellement 15,7 % des militaires d’active et 22,9 % des nouvelles recrues. L’armée, et particulièrement l’engagement au feu, exposent aux LTC qui sont définies comme : des blessures traumatiques ou des dysfonctionnements des fonctions cérébrales, résultant d’une force extérieure, provoquant une perte ou une altération du niveau de conscience (confusion, désorientation, lenteur idéatoire), une amnésie post-traumatique (des événements récents pré et post-traumatiques immédiats) ou des déficits neurologiques (faiblesse, perte de l’équilibre, troubles visuels) ou bien encore une lésion intracrânienne (DVA 2016). Or, en milieu militaire, la plupart des études sur les LTC ont porté sur les hommes, alors qu’il est bien connu que les femmes ont un moins bon pronostic et une moins bonne récupération après une LTC.

De plus, les femmes sont exposées à des risques traumatiques non liés au combat qui sont pudiquement qualifiés de risques militaires additionnels, à savoir aux violences de leurs partenaires, majorés par leur histoire personnelle pré-militaire, marquée par plus d’agressions physiques domestiques ou autres, y compris d’abus sexuels en tout genre, toutes violences qui les ont souvent poussées à s’engager pour échapper à leur milieu.

De plus, leurs équipements de protection sont masculins et donc non adaptés à l’anatomie féminine, contribuant à une plus grande accélération de la tête dans le casque lors d’un impact. Comme les LTC sont l’une des blessures les plus fréquentes observées au retour des opérations d’outremer, le DVA a instauré en 2010 un dépistage obligatoire qui a montré que 11 à 13 % des vétérans femmes ont eu une LTC, essentiellement dû aux blasts (61 %) par explosion d’engins explosifs artisanaux, aux traumatismes contondants (61 %), aux chutes (36 %) et aux accidents de transport (31 %).

Etre femme et militaire : le parcours de la combattante

En conclusion, cet article destiné à enfin attirer l’attention sur les LTC féminines, montre des différences liées au sexe après LTC, avec une plus grande prévalence de symptômes neuro-comportementaux et du stress post-traumatique durables chez les vétérans femmes de retour d’Iraq et d’Afghanistan. Mais, fait troublant, une autre étude retrouve des prévalences de LTC comparables entre les militaires des deux sexes, déployés (51,2 %) ou non (48,8 %) sur le terrain. C’est donc davantage le simple fait d’être militaire qui expose aux LTC, avec les entraînements poussés : parcours du combattant, parachutisme, accidentologie routière, violences exercées par le partenaire - une femme soldat sur cinq -, soit un tout autre genre de combat, quotidien celui-là.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Amoroso T et Iverson KM. J Nerv Ment Dis 2017 ; 205 : 318–323.

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