Les talons de 12 cm sont-ils adaptés pour conquérir le monde ?

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Environnement - Mode de vie - Société
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Marylin Monroe aurait dit un jour « Donnez à une femme de belles chaussures et elle pourra conquérir le monde ». Mais une étude menée en 2009 montrait que pour être bien dans ses chaussures, celles-ci devaient avoir une semelle de dureté moyenne, un talon carré bas et une tige haute et non évasée. Il n’est pas certain que ce soit ce dont rêvait Marylin, mais ce serait le prix à payer pour garder une démarche harmonieuse et préserver les articulations, du talon à la hanche.

Les travaux sur le sujet ne sont pas rares. Une nouvelle étude a été récemment publiée, comparant la démarche de 21 femmes selon leurs talons. Trois types de chaussures ont été testés. Des nu-pieds sans talon et des chaussures à talons de 12 cm (ce n’est pas rien !). Enfin, et c’est ce qui fait l’originalité de cette étude, des talons dont la hauteur variait selon la pointure de la femme, pour obtenir pour toutes un même angle de flexion plantaire des chevilles. En effet, la flexion plantaire ne varie pas seulement selon la hauteur du talon, mais aussi selon la longueur du pied. La hauteur du talon devait toutefois rester supérieure à 7 cm.

Les données dynamiques étaient recueillies par un système de caméras, fournissant les modifications spatio-temporelles, cinématiques et cinétiques de la marche avec les 3 types de chaussures, en plusieurs dimensions, au cours de marches linéaires sur terrain plat.


Une diminution de la longueur des pas et une augmentation de leur largeur

Les analyses biomécaniques révèlent des différences significatives de tous les paramètres, entre la marche à plat et les deux sortes de talons. En particulier, les durées de la phase d’appui simple et de la phase de double appui sont réduites avec les talons, comme est réduite la longueur des pas. En revanche, la largeur des pas et la durée de la phase d’oscillation sont augmentées. Concernant les paramètres cinématiques, l’amplitude des mouvements des membres inférieurs et les angles articulaires, sauf pour la hanche et le pic d’extension du genou, sont significativement réduits par le port de talons, quelque soit leur hauteur. Enfin, du côté de la cinétique, il apparaît une réduction des « moments » et des « puissances » lors de la marche avec de hauts talons.

De nombreux travaux ont déjà montré que le port de talons hauts favorise une démarche avec des pas plus courts et plus larges, tandis que la cadence reste inchangée. L’augmentation de la largeur des pas semble indiquer une tentative de compenser l’instabilité créée par les talons hauts. Il n’apparaît pas en revanche de différence significative de l’impact sur la marche des deux types de talons, qu’ils soient de même hauteur pour toutes ou de hauteur corrélée à la pointure.

Il semble difficile de tirer des conclusions pratiques de cette étude. Les auteurs souhaitent que des travaux soient menés pour déterminer l’impact au long cours des talons sur les articulations, muscles et tendons. Quelques esprits moqueurs se demanderont si cela est réellement nécessaire car il n’est sans doute pas fréquent qu’une femme porte des talons de 12 cm « au long cours ». Nul besoin en effet d’analyse 3D en laboratoire pour savoir que cette hauteur de talons est tout sauf confortable, certes pour les articulations des membres inférieurs mais sans doute pas non plus « pour conquérir le monde »!

Dr Roseline Péluchon

Di Sipio E. et coll. : Walking variations in healthy women wearing high-heeled shoes: shoe size and heel height effects. Gait & Posture. 2018.04.048