Les spécificités de la goutte féminine

Spécialités :
Rhumatologie
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La goutte est l’une des pathologies articulaires les plus fréquentes à l’échelon mondial, avec une prédilection pour les pays industrialisés. Sa prévalence ne cesse d’ailleurs d’augmenter sous l’effet du vieillissement de la population et, aux Etats-Unis, elle affecterait, selon les chiffres les plus récents, 6,1 millions d’hommes et 2,2 millions de femmes. L’obésité et le recours aux diurétiques sont deux facteurs qui sous-tendent également cette tendance épidémiologique de fond. La goutte, par ailleurs, semble être un facteur de risque cardiovasculaire indépendant qui favoriserait la mortalité et la morbidité dans les deux sexes, sans omettre son impact sur la qualité de vie, les performances physiques et la productivité. C’est souligner l’importance d’une prise en charge thérapeutique efficace et, sur ce point, il existe des traitements qui ont fait leurs preuves. Cependant, si l’on se penche sur les données de la littérature internationale, force est de constater qu’elles concernent d’abord et avant tout les malades de sexe masculin. Rien de surprenant, compte tenu de la prévalence 2 à 3 fois plus élevée de la maladie dans la population masculine. Cette constatation amène à s’interroger sur les éventuelles particularités épidémiologiques liées au sexe féminin.

Moins de facteurs diététiques

A cet égard, le vaste registre national américain créé en 2012, en l’occurrence CORRONA (Consortium of Rheumatology Researchers of North America), donne accès à des informations utiles sur ce sujet. A partir de ce registre, ont été constitués deux groupes de patients atteints d’une goutte avérée, soit 1 012 hommes et 262 femmes. La comparaison intergroupe a effectivement révélé quelques particularités dans le sexe féminin : (1) un âge plus élevé (71 ans versus 61 ans dans le sexe masculin, p<0,001) ; (2) des comorbidités plus fréquentes, qu’il s’agisse de l’hypertension artérielle, du diabète, des maladies rénales ou encore de l’obésité (p<0,001 dans les quatre cas de figure) ; (3) la prise plus fréquente de diurétiques (p<0,001) ; (4) un rôle moins important des écarts de régime et des facteurs diététiques qui seraient plus le fait des hommes (p<0,05).

Cette petite étude épidémiologique purement descriptive établit ainsi que le profil de la goutte diffère nettement selon le sexe, pour ce qui est de l’âge, des facteurs de risque et des comorbidités. Ces différences méritent donc d’être prises en compte pour optimiser la prise en charge thérapeutique de la goutte dans le sexe féminin.

Dr Philippe Tellier

Harrold LR et coll. Sex differences in gout characteristics: tailoring care for women and men. BMC Musculoskelet Disord 2017 ; 18 : 108.