Les « naissances libres » : la réaction à un système de santé trop rigide ?

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Dans de nombreux pays développés, accoucher ailleurs qu’en maternité est une pratique peu courante. L’organisation des systèmes de santé ne favorise pas le recours à cette option. Néanmoins, il semble que, en réaction, certaines femmes choisissent de vivre chez elle une « naissance libre », c’est-à-dire en dehors de tout accompagnement par un professionnel de santé dûment diplômé.

Qui sont celles qui les accompagnent dans cette démarche ?

En Australie, où a été menée une enquête sur le sujet, il s’agit essentiellement de sages-femmes non inscrites ou « traditionnelles », ou encore de doulas. Elles sont recrutées le plus souvent par le bouche à oreille et rétribuées entre 200 et 3 000 dollars pour leurs services.

Quant aux femmes qui refusent une prise en charge conventionnelle, c’est généralement l’expérience d’un premier accouchement vécu comme traumatisant, physiquement ou moralement, qui les a menées à ce choix. Après avoir réfléchi à l'accouchement qu'elles souhaitaient et effectué des recherches approfondies sur les conséquences de telle ou telle méthode, ces femmes sont passées de la crainte à une confiance en leurs capacités et en l'idée qu'une naissance naturelle est possible. Elles en ont conclu qu'elles désiraient conserver le contrôle et que, en conséquence, seules des personnes hors du sérail pouvaient les accompagner dans cette démarche. En effet, le système officiel leur paraît inflexible, avec des sages-femmes qu’il est impossible de rémunérer ou bien indisponibles ou encore en désaccord avec leur conception de l’accouchement car contraintes d’appliquer le strict respect des règles de bonnes pratiques, allant à l’encontre d’un désir de liberté. Pour autant, aucune n'envisageait d'accoucher seule et toutes souhaitaient la présence d'une personne ayant de l'expérience en la matière, "leur" sage-femme en quelque sorte, qui, loin de les traiter comme un objet sur la chaîne de montage d'une usine, les traite avec respect et amour.

Dans un pays à fort taux de césariennes (de l’ordre de 30 %), où plus de la moitié des femmes enceintes est considérée comme à risque, l’éventualité des traumas iatrogènes est élevée. Ils peuvent alors mener les patientes à éviter de recourir au système de santé classique. Ces données devraient ainsi pousser les professionnels de santé australiens à davantage humaniser les soins et, pour cela, pouvoir évoluer dans une organisation qui ne soit pas trop sévèrement régulée.

Marie Gélébart

Rigg EC et coll. Why do women choose an unregulated birth worker to birth at home in Australia : a qualitative study. BMC Pregnancy and Childbirth 2017 ; 17 : 99. doi: 10.1186/s12884-017-1281-0.