Les femmes atteintes de rhumatisme psoriasique répondent moins bien aux anti-TNF

Les femmes atteintes de rhumatisme psoriasique répondent moins bien aux anti-TNF

Les biothérapies telles que les anti-TF alpha ont, depuis quelques décennies, grandement amélioré le pronostic du rhumatisme psoriasique. Toutefois, malgré la preuve faite de la grande efficacité de ces molécules, force est de constater que,« dans la vraie », moins de la moitié des malades arrivent à maintenir une réponse thérapeutique. D’où le besoin de mieux connaître les facteurs pouvant influencer l’efficacité des anti-TNF. Parmi eux, le genre féminin a été suspecté comme étant de plus mauvais pronostic, mais les conclusions des études étaient plutôt contradictoires. Une équipe danoise a récemment exploité les données, recueillies de façon prospective, dans le cadre d’une étude de cohorte observationnelle nationale de malades ayant débuté, entre 2000 et 2015, un traitement par anti-TNF pour un rhumatisme psoriasique. Pil Højgaard et coll. ont complété les renseignements ainsi obtenus en colligeant les comorbidités des patients inscrites dans le registre de santé national danois.
Parmi les 1 750 patients inclus, 935 étaient des femmes qui étaient plus âgées (49 ans versus 47 ans), fumaient davantage (32 % versus 26 %), étaient globalement en moins bonne santé, étaient environ deux fois plus anxieuses et/ ou déprimées et atteintes d’une pathologie pulmonaire chronique que les hommes, toutes ces différences étant significatives (p<0,01).


Peut-être des causes biologiques


Deuxième constat, la durée médiane du maintien sous anti-TNF était bien plus faible chez les femmes : 1,4 ans (IC95% : 1,1-1,8) contre 3,8 ans chez les hommes (IC95% : 3-5,7). Ces derniers avaient également davantage de chance d’obtenir une bonne réponse thérapeutique à 3 et 6 mois avec un odds ratio de 3,2 de réponse EULAR bonne ou modérée à 6 mois comparativement aux femmes. Cette différence liée au sexe était toujours présente malgré la prise en compte de plusieurs facteurs possiblement confondants comme l’activité de la maladie, les comorbidités, l’état mental, l’existence de manifestation extra-articulaires, le mode de vie, etc. Ces résultats pourraient donc orienter vers des causes biologiques. Ainsi, pour les auteurs, le fait que, après un an de traitement, les femmes aient un état physique moins bon et une moindre améliorations des marqueurs d’inflammation que leurs homologues masculins pourrait, par exemple, aboutir à l’hypothèse suivante : une immunogénicité plus importante, associée à l’influence pro-inflammatoire des hormones sexuelles entraînerait une plus grande susceptibilité des patientes à développer des anticorps dirigés contre les anti-TNF. D’un autre côté, P Højgaard et coll. font remarquer que la population féminine de l’étude avait à l’entrée un profil différent : elles étaient plus âgées, plus handicapées, plus fatiguées, plus anxieuses et/ou dépressives. Or toutes ces caractéristiques sont à même d’accentuer la susceptibilité à la douleur chronique, de conduire à une perception négative de la maladie, à de moins bonnes stratégies de coping et in fine à une observance moindre. Comme souvent, la question du pourquoi reste donc ouverte.

Dr Louise Guisgand


Høgaard Pil et coll. Gender differences in biologic treatment outcomes-a study of 1750 patients with psoriatic arthritis using Danish Health Care Registers. Rheumatology (Oxford) 2018 ; 57 : 1651-1660.

Lire aussi :

Partager l'article :