Les facteurs de risque cardio-vasculaires conventionnels plus délétères chez les femmes que chez les hommes

Cardiovasculaire

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La maladie cardiovasculaire (MCV) constitue la principale cause de mortalité chez la femme, tout au moins dans les pays dits développés. Les facteurs de risque traditionnels et modifiables peuvent expliquer en grande partie cet état de fait. Cependant, ces derniers semblent bien avoir un impact différent selon le genre. Le tabagisme chronique est, à cet égard, un bon exemple. Il est clair qu’il s’agit là de la plus grande cause de morbidité cardiovasculaire et de mortalité prématurée à l’échelon mondial, une cause qui peut être neutralisée par des mesures préventives ad hoc. Or les femmes fument moins que les hommes, alors qu’elles paient un lourd tribut au tabagisme, ce qui semble bien témoigner d’une plus grande vulnérabilité à cette agression a fortiori chez les femmes recevant une contraception orale.
Par ailleurs, à la lueur des données épidémiologiques, il semble que la prévalence de l’obésité soit plus élevée dans le sexe féminin et que l’adiposité viscérale s’associe volontiers à une insulinorésistance. Cette dernière augmente  le risque de développer une MCV. Sur un autre plan, l’espérance de vie en cas de diabète est plus brève chez la femme que chez l’homme, la femme étant exposée à un risque plus élevé d’événements cardiovasculaires notamment majeurs. De plus, les variations du profil lipidique sont fréquemment associées à la survenue de la ménopause, mais aussi au recours éventuel à un traitement hormonal substitutif.

Vers des seuils d’intervention thérapeutiques différents ?

La prévalence de l’hypertension artérielle est particulièrement élevée chez la femme ménopausée et cette maladie expose à un risque d’hypertrophie ventriculaire gauche. Cette dernière, combinée à une augmentation de la rigidité vasculaire et myocardique, favorise la survenue d’une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, tout en augmentant le risque d’accident vasculaire cérébral. Enfin, le risque de rupture d’un anévrysme de l’aorte abdominale est augmenté de manière substantielle chez la femme.
Les facteurs de risque cardio-vasculaires conventionnels accessibles à une prévention efficace semblent donc être plus délétères chez la femme, qu’il s’agisse du tabagisme, du diabète ou encore de l’hypertension artérielle. Cette constatation amène à s’interroger sur l’opportunité de définir des seuils d’intervention thérapeutique différents selon le genre : la pharmacothérapie ne devrait-elle pas être envisagée pour des valeurs plus basses de la pression artérielle ou des taux de LDL-cholestérol plus bas ? La question mérite certes d’être posée, mais la réponse appartient aux études prospectives, de préférence contrôlées, compte tenu des enjeux en termes de santé publique et de dépenses de santé.

Dr Philippe Tellier

Cifkova R et coll. Is the impact of conventional risk factors the same in men and women? Plea for a more gender-specific approach. Int J Cardiol. 2019. Publication avancée en ligne 18 janvier. doi: 10.1016/j.ijcard.2019.01.039.