Les étudiantes plus exposées que les étudiants aux retardateurs de flamme

Les étudiantes plus exposées que les étudiants aux retardateurs de flamme

Des retardateurs de flamme bromés (RFB) sont des mélanges de produits chimiques destinés à rendre certains objets et matériels moins inflammables. On les trouve ainsi dans certains plastiques, textiles appareils ménagers, meubles, appareils électroniques, pour ne citer que quelques exemples. Les polybromodiphényléthers (PBDE) font partie des retardateurs de flamme les plus utilisés, bien qu’ils soient de plus en plus remplacés par d’autres produits. Or les RFB sont accusés d’exercer des effets néfastes sur la santé, notamment neurotoxiques et endocriniens. A cet égard, un lien entre l’exposition aux RFB et l’augmentation des cancers thyroïdiens a été suspecté. En Chine, l’incidence de ces tumeurs est cependant 3 fois supérieure chez les femmes que chez les hommes. Une équipe chinoise s’est donc demandé si les femmes n’étaient pas plus exposées aux RFB que les hommes.

Des taux 18 fois plus élevés dans les salles de cours que dans les dortoirs

Pour tenter de répondre à cette question, Junqi Li et coll. ont mené une étude dans une université pékinoise. En premier lieu, ils ont analysé des échantillons de cheveux de 14 étudiants et de 20 étudiantes à la recherche de RFB. Ils ont également examiné la poussière de leurs dortoirs et de leurs salles de classes car on sait que la poussière de maison est la source principale d’exposition aux PBDE. Il est ainsi apparu que les concentrations de PBDE étaient 3 fois plus élevées dans les cheveux des jeunes femmes que dans ceux de leurs homologues masculins, les moyennes étant, respectivement, de 372et de 109 ng/g, p=0,012. Quant aux concentrations en PBDE des chambres à coucher, elles étaient 3 fois et demi plus hautes dans les dortoirs des garçons que dans ceux des filles (p=0,044). Cependant, les taux relevés dans la poussière des salles de classes étaient 18 fois plus élevés que ceux des dortoirs : respectivement de 36 100 et 2 012 ng/g(p<0,01).

L’étude ayant aussi recueilli des informations auprès des élèves concernant plusieurs items personnels, les auteurs ont pu tirer quelques conclusions. Le fait que les dortoirs masculins soient caractérisés par des concentrations plus fortes de RFB serait dû, selon eux, à leur surface plus petite que celle des dortoirs féminins entraînant une plus grande concentration de poussière (à moins que les garçons fassent moins souvent le ménage ?).La présence particulièrement importante de PBDE dans la poussière des salles de classe serait la conséquence du suivi plus strict de la réglementation sur la prévention des incendies dans ces lieux avec vraisemblablement davantage de mobilier imprégné de PBDE. Et, finalement, la raison pour laquelle les étudiantes seraient plus exposées, c’est qu’elles passent plus de temps encours ! Si la morale de l’histoire apparaît bien injuste, elle pourrait peut-être expliquer, au moins en partie, la différence selon le sexe de l’incidence des cancers thyroïdiens en Chine.

 

Dr Louise Guisgand

Li J et coll. Human exposureto brominated flame retardants through dust in different indoor environments: Identifying the sources of concentration differences inhair from men and women. Chemosphere 2018 ; 205 : 71-79.

Lire aussi :

Partager l'article :