Les études sur le diabète tiennent-elles compte du sexe et du genre ?

L’étude de l’influence du sexe et du genre est cruciale en recherche pour l’interprétation des résultats et la personnalisation des soins. Mais sont-ils bien pris en compte dans les travaux de recherche sur le diabète ?

Les recherches entreprises dans le domaine de la santé prennent en compte l’influence du sexe et du genre. Cette façon de faire, qui intègre les facteurs biologiques et socioculturels, est cruciale pour l’interprétation des résultats et la personnalisation des soins. Le diabète est à cet égard une maladie où une telle approche est particulièrement importante. Le sexe influe sur ses complications tout autant que sur son traitement et son pronostic. La réponse à la pharmacothérapie dépend en partie des facteurs biologiques liés au sexe, cependant que le genre peut impacter l’auto-surveillance, la perception de la maladie, l’observance du traitement ou du régime, tout autant que les interactions sociales.
Dans quelle mesure ces dimensions sont-elles incluses dans les articles publiés sur le diabète ? Cette question est à l’origine d’une étude qui a porté sur des travaux originaux publiés au cours de l’année 2015. Deux sources ont été choisies : (1) les cinq premiers journaux de médecine générale ou interne ; (2) les cinq premiers journaux de diabétologie. Le choix a été guidé par le facteur d’impact des revues pour ce qui est de l’année 2015. Les données concernant le sexe et le genre ont été extraites des diverses sections de chaque article : titre, résumé, introduction, méthodes, résultats, discussion et limitations.

Au total : 155 études analysées dans le détail

Cette recherche a conduit à la sélection de 155 études originales, dont 115 correspondaient à des essais contrôlés et 40 à des études d’observation. Il apparaît que sexe et genre n’ont été que rarement trouvés dans le titre, le résumé ou l’introduction des articles retenus. De même, plupart des sections «méthodes» n’ont pas fait mention de plans d’analyses les prenant. Pour ce qui est de l’analyse des données, moins d’un article sur trois (n=47 ; 30,3 %) a citécet objectif et une stratification en fonction du genre ou du sexe n’a été décrite dans la section résultats que dans 12 articles (7,7 %).
Certes, dans l’immense majorité des articles (n=151 ; 97,4 %), le sexe ou le genre des participants étaient spécifiés. Cependant, seule une infime minorité d’entre eux (n=10 ; 6,5 %) ont rapporté les résultats séparément en fonction du sexe ou du genre. Une discussion sur les questions liées au sexe des participants était présente dans 21 des travaux originaux (13,5 %), mais les problèmes liés au genre n’ont été discutés que dans un seul (0,6 %).
Le type de journal – diabétologie versus médecine interne ou générale- n’a que peu influé sur les résultats globaux de cette analyse. En revanche, le type d’étude entrait en ligne de compte : les essais contrôlés ont en effet « fait moins bien » que les études d’observation.
À la lumière de cette étude, il semble ainsi évident que ni le sexe ni le genre ne sont bien pris en compte dans les travaux de recherche sur le diabète. Des progrès substantiels sont donc vivement attendus.  

Dr Philippe Tellier

Day S et coll. Measuring the data gap: inclusion of sex and gender reporting in diabetes research. Res Integr Peer Rev. 2019  (7 mai) : 4:9. eCollection 2019.

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