Les comportements « genrés » des adolescents ont un impact ultérieur sur leur santé

Les comportements « genrés » des adolescents ont un impact ultérieur sur leur santé
Force est de constater que les comportements sont influencés par les normes sociétales. Quel est l’impact de la conformité à ces normes durant l’adolescence sur la santé à l’âge adulte ? Quid de l’inégalité homme femme ?

De nombreux travaux se sont penchés sur les différences de comportement dans le domaine de la santé entre les femmes et les hommes. Les hommes seraient par exemple plus enclins au binge drinking ou utilisent moins souvent les services de prévention. En revanche, les femmes s’impliqueraient moins dans des activités physiques. Force est de constater que les comportements vis à vis de la santé sont souvent influencées par les normes sociétales. Celles-ci tendent à déterminer ce qui est approprié pour les femmes et pour les hommes, définissant des schémas culturels dans le domaine de la santé. Les adolescents sont particulièrement sensibles à ces normes et ceux qui ne s’y conforment pas sont parfois ostracisés, les garçons notamment, chez qui les expressions de la féminité sont souvent moins bien tolérées que les comportements considérés comme masculins chez les filles.

Une enquête a été menée pour savoir si la conformité à ces normes à l’adolescence a un impact sur la santé à l’âge adulte. Les auteurs ont établi une échelle de mesure de l’expression de genre, pour déterminer le degré selon lequel les individus adoptent un comportement considéré comme typiquement masculin (pour les hommes) ou typiquement féminin (pour les femmes) par rapport à leurs pairs du même sexe. Les données étaient recueillies durant l’adolescence (11-18 ans) et l’âge adulte (24-32 ans). Au total 10 480 adolescentes et 10 263 adolescents ont accepté de participer à l’étude. Les données étaient complètes pour 80 % d’entre eux à l’âge adulte.

Il apparaît qu’un comportement fortement stéréotypé masculin (par rapport à faiblement stéréotypé) chez les adolescents et les hommes adultes est fortement associé à l’usage de substances comme le tabac, l'alcool et les drogues illicites. La forte expression de la masculinité chez les adolescents est associée à un risque élevé de l’usage d’alcool et de drogues à l’âge adulte, quelque soit le degré de comportement stéréotypé masculin à l’âge adulte. L’expression de la masculinité n’est toutefois pas uniquement négative. Au moment de l’adolescence, elle semble liée au sentiment d’être en bonne santé et à l’âge adulte elle paraît protéger contre les migraines, l’hypertension artérielle ou encore les limitations physiques.

Pour les femmes, les données sont un peu différentes. L’expression forte de la féminité à l’adolescence est associée uniquement à des effets négatifs sur la santé à l’âge adulte, parmi lesquelles l’hypercholestérolémie, la dépression, les migraines, l’utilisation de substances et l’expérience de la violence sexuelle. En revanche, l’expression forte de la féminité à l’âge adulte semble protéger contre ces abus de substances et la violence sexuelle.

Il semble donc que des comportements stéréotypés selon le sexe à l’adolescence sont corrélés à la santé à l’âge adulte, mais cela semble indépendant du degré de l’expression du genre à l’âge adulte. Pour les auteurs, les interventions sur le comportement en terme de santé devraient intégrer ces données pour améliorer leur impact. Un terrain toutefois sensible actuellement.

Dr Roseline Péluchon

Shakya H. B. et coll. : Adolescent gender norms and adult health outcomes in the USA: a prospective cohort study. The Lancet – Publié en ligne le 30 mai 2019.

Partager l'article :