Le tatouage, une tentative pour approcher le « moi idéal » ?

Une étude israélienne a cherché à identifier les différences entre les femmes tatouées et les autres, en termes d’estime de soi et d’image corporelle. Au total, 120 femmes, âgées de 18 à 35 ans, ont été incluses.

La pratique du tatouage est sortie de sa confidentialité et s’est répandue à grande vitesse depuis quelques années dans les pays occidentaux. Les tatoueurs ont pignon sur rue et les « salons » du tatouage bénéficient d’autant de publicité que ceux du bien-être ou du voyage. Les icônes de la mode, du showbiz ou du sport, exposant leurs tatouages dans les stades ou les magazines, y sont sans doute pour quelque chose.
Parallèlement, les psychologues se sont emparés du sujet et de nombreux travaux ont été consacrés à cette pratique. Les tatouages sont une façon de se présenter et contribuent à la communication non verbale. S’ils peuvent encore exprimer une forme de rébellion culturelle, les tatouages sont devenus plus souvent une représentation, voire une définition, de soi.
Une équipe israélienne a effectué une enquête dont l’objectif était d’étudier les relations entre l’estime de soi et l’image corporelle chez des jeunes femmes qui avaient choisi de se faire tatouer. Pour cela, S Kertzman et coll. ont utilisé la méthode de la grille-répertoire, qui permet de mettre en lumière les décisions subjectives à l’origine des comportements d’une personne. La technique a été adaptée pour identifier les différences entre les femmes tatouées et les autres, en termes d’estime de soi et d’image corporelle. Au total, 120 femmes, âgées de 18 à 35 ans, ont été incluses. La moitié d’entre elles étaient tatouées.

Une estime de soi bien plus faible

Il apparaît que la distance entre le moi présent et le moi idéal est plus grande chez les femmes tatouées que chez les autres, indiquant un niveau d’estime de soi inférieur chez les premières. Des variations importantes existent toutefois entre les femmes dans le groupe « tatouées », témoignant d’une grande hétérogénéité en termes d’estime de soi dans ce groupe. Les femmes tatouées exprimaient une association plus étroite que les non tatouées entre les trois concepts « corps idéal », « moi idéal » et « femme tatouée », ensemble de concepts qui semble jouer un rôle significatif dans la décision de se faire tatouer.
Contrairement à ce qui est souvent affirmé, il n’a pas été trouvé ici de différence entre les deux groupes en ce qui concerne l’image corporelle. Toutefois, les femmes du groupe « tatouées » se caractérisaient par une association étroite entre leur image corporelle et leur estime de soi, non constatée dans le groupe des femmes non tatouées. Pour les auteurs, cela pourrait signifier que le tatouage est une façon de réduire l’écart entre le moi idéal et la réalité, ce qui permet, par ce biais, d’améliorer l’estime de soi. Ce lien très étroit entre estime de soi, corps idéal, moi idéal et le concept « femme tatouée » pourrait ainsi jouer un rôle significatif dans la décision de se faire tatouer.

Dr Roseline Péluchon

Kertzman S. et coll.  Do young women with tattoos have lower self-esteem and body image than their peers without tattoos? A non-verbal repertory grid technique approach. PLoS One 2019 Jan 25;14(1):e0206411.

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